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L’humble frère lai, Diego de Saint-Nicolas, rejoint au ciel, près de son père saint François, Bernardin de Sienne et Jean de Capistran qui le précédèrent de quelques années. Ceux-ci ont laissé l’Italie, l’Europe entière, vibrantes toujours des échos de leur voix qui pacifiait les villes au nom du Seigneur Jésus, et lançait des armées au-devant du Croissant vainqueur de Byzance. Le siècle qu’ils contribuèrent si puissamment à sauver des suites du grand schisme et à rendre à ses chrétiennes destinées, ne connut guère de Diego que son admirable charité lors de ce jubilé de 1420, aux résultats, il est vrai, si précieux : Rome, redevenue pratiquement non moins que théoriquement la ville sainte aux yeux des nations, vit les pires fléaux impuissants à retenir loin d’elle ses fils ; l’enfer, débordé par le courant inouï qui, des quatre coins du monde, amenait les foules aux sources du salut, en fut retardé de soixante-dix ans dans son œuvre de ruine.

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Le bienheureux garde-malades de l’Ara Cœli qui se dépensait alors au service des pestiférés, n’eut sans doute à de tels résultats qu’une part bien minime aux yeux des hommes, surtout si on la rapproche de celle des grands apôtres franciscains ses frères. Or cependant voici que l’Église de la terre, interprète fidèle de celle des cieux, honore aujourd’hui Diego des mêmes honneurs que nous l’avons vue rendre à Bernardin et à Jean. Qu’est-ce à dire sinon derechef que, devant Dieu, les hauts faits des vertus cachées au monde ne le cèdent point à ceux dont l’éclat ravit la terre, si procédant d’une même ardeur d’amour, ils produisent dans l’âme un même accroissement de la divine charité ?

Le pontificat de Nicolas V qui présida l’imposant rendez-vous des peuples aux tombeaux des Apôtres en 1450, fut aussi et demeure justement admiré pour l’essor nouveau qu’il donna sur les sept collines au culte des lettres et des arts ; car il appartient à l’Église de faire entrer dans sa couronne, à l’honneur de l’Époux, tout ce que l’humanité estime à bon droit grand et beau. Présentement néanmoins, quel humaniste d’alors, ainsi qu’on appelait les lettrés de ce temps, ne préférerait la gloire du pauvre Frère mineur sans lettres à celle dont les éphémères rayons lui firent si vainement se promettre l’immortalité ! Au quinzième siècle, comme toujours, Dieu choisit le faible et l’insensé pour confondre les sages ; l’Évangile a toujours raison.

Dieu tout-puissant et éternel qui, par une disposition admirable, faites choix de ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est fort ; daignez accorder à notre humilité que par les pieuses prières du bienheureux Diego , votre Confesseur, nous méritions d’être élevés à la gloire éternelle des cieux. C’est la demande que l’Église fait monter vers le Seigneur à toutes les heures liturgiques de cette fête qui est la vôtre, ô Diego. Appuyez ses supplications ; votre crédit est grand près de Celui que vous suivîtes avec tant d’amour dans la voie de l’humilité et de la pauvreté volontaire. Voie royale en toute vérité, puisque c’est elle qui vous amène aujourd’hui à ce trône dont l’éclat fait pâlir tous les trônes de la terre. Même ici-bas, combien à cette heure votre humaine renommée dépasse celle de tant de vos contemporains non moins oubliés qu’ils furent illustres un jour ! C’est la sainteté qui distribue les seules couronnes durables pour les siècles présents comme pour les éternels ; car c’est en Dieu qu’est le dernier mot comme la suprême raison de toute gloire, de même qu’en lui est le principe de la seule vraie félicité pour cette vie et pour l’autre. Puissions-nous tous, à votre exemple et par votre aide, ô Diego, en faire la bienheureuse expérience.

L'année liturgique, Dom Guéranger