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Ce jour qui est le huitième à partir de celui où nous avons célébré l’Immaculée Conception de Marie, s’appelle proprement l’Octave ; tandis que les jours précédents étaient désignés simplement sous le nom de jours dans l’Octave. L’usage de célébrer durant une semaine entière les principales Fêtes, est du nombre de ceux qui ont passé de la Synagogue dans l’Église chrétienne. Le Seigneur avait dit dans le Lévitique : « Le premier jour de la fête sera le plus solennel et le plus saint ; vous n’y ferez aucune œuvre servile. Le huitième jour sera aussi très solennel et très saint ; vous y offrirez un holocauste au Seigneur ; ce sera un jour d’assemblée, et vous n’y ferez point non plus d’œuvre servile. » Nous lisons pareillement dans les Livres des Rois, que Salomon ayant convoqué tout Israël à Jérusalem, pour la Dédicace du Temple, ne renvoya le peuple qu’au huitième jour.

Les livres du Nouveau Testament nous apprennent que cette coutume était encore observée au temps de notre Seigneur, qui autorisa par son exemple ce genre de solennité. En effet, il est dit dans saint Jean que Jésus vint une fois prendre part à quelqu’une des Fêtes de la Loi, seulement au milieu de l’Octave ; et le même Évangéliste remarque, en un autre endroit, que lorsqu’on entendit le Sauveur, dans la Fête de Pâques, crier au peuple : Que celui qui a soif vienne à moi, et il se désaltérera, ce jour était le dernier jour de la fête, le jour de l’Octave.
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Dans l’Église chrétienne, on solennise deux sortes d’Octaves : les Octaves privilégiées, et les Octaves non privilégiées. Les premières sont si solennelles, qu’il n’est pas permis d’y célébrer les Fêtes des Saints qui viendraient à s’y rencontrer ; on en fait une simple mémoire, ou on les transfère après l’Octave. Il est défendu pareillement d’y dire la Messe des Morts, si ce n’est en présence du corps d’un défunt qu’il faut inhumer. Les Octaves non privilégiées admettent les fêtes qui se rencontrent, pourvu qu’elles soient du degré semi-double et au-dessus ; mais, dans ce cas, on fait toujours mémoire de l’Octave dans l’Office et à la Messe de la Fête qui s’est trouvée l’emporter sur l’Octave, à moins que la Fête ne fût elle-même d’un degré tout à fait supérieur.

L’Octave de l’Immaculée Conception, la première des Octaves qui se rencontre sur le Cycle, n’est pas privilégiée. Elle cède, non seulement au Dimanche, mais aux fêtes de saint Damase et de sainte Lucie, et aux diverses fêtes locales du même degré.

Saluons encore une fois le haut Mystère de Marie conçue sans péché ; notre Emmanuel aime à voir glorifier sa Mère. N’est-ce pas pour lui qu’elle a été créée, pour lui que le lever radieux de cet astre si pur a été préparé de toute éternité ? Quand nous exaltons la Conception immaculée de Marie, nous rendons honneur à la divine Incarnation. Jésus et Marie sont inséparables ; Isaïe nous l’a dit : elle est la branche, il est la fleur.

Grâces vous soient donc rendues, ô Emmanuel, qui avez daigné placer notre existence dans les jours où fut proclamé, sur la terre, le privilège dont vous avez embelli le premier instant de la vie de celle à qui vous deviez emprunter la nature humaine ! Votre sainteté infinie a brillé d’un nouvel éclat à nos regards ; et nous avons mieux compris l’harmonie de vos mystères. En même temps, nous avons senti qu’appelés nous-mêmes à contracter avec vous les liens les plus intimes en cette vie, et à vous contempler en l’autre face à face, nous devions tendre à nous purifier de plus en plus de nos moindres taches. Vous avez dit : « Heureux ceux dont le cœur est pur ; car ils verront Dieu » ; la Conception immaculée de votre Mère nous révèle à son tour les exigences de votre souveraine sainteté. Daignez, ô Emmanuel, par l’amour qui vous a porté à la préserver du souffle de l’ennemi, prendre en pitié ceux dont elle est aussi la mère. Voici que vous venez à eux ; dans quelques jours ils oseront aborder votre berceau. Les suites du péché d’origine sont encore visibles en eux, et pour comble de malheur, ils ont ajouté leurs propres fautes à la prévarication de leur premier père ; purifiez, ô Jésus, leurs cœurs et leurs sens, afin qu’ils puissent paraître devant vous. Ils savent que nulle créature n’atteindra jamais à la sainteté de votre mère ; mais ils vous demandent le pardon, le retour de votre grâce, l’aversion pour le monde et pour ses maximes, la persévérance dans votre amour.

O vous qui êtes le Miroir créé de la Justice divine, plus pure que les Chérubins et les Séraphins, en retour des hommages que notre génération vous a offerts au jour fortuné où la gloire de votre Conception immaculée a été proclamée aux applaudissements de toute la terre, daignez épancher sur nous ce trésor de tendresse et de protection que vous teniez en réserve pour cette heure si longtemps attendue. Le monde ébranlé jusqu’en ses fondements appelle, pour se raffermir, le secours de votre main maternelle. L’enfer a déchaîné sur la race humaine les plus redoutables de ces esprits de malice qui ne respirent que blasphème et destruction ; mais en même temps l’Église de votre Fils ressent en elle une jeunesse nouvelle, et la semence de la parole divine se répand et germe en mille endroits. Une lutte formidable est ouverte ; et souvent nous serions tentés de nous demander qui devra l’emporter, et si le dernier jour du monde n’est pas sur le point de se lever !

O Reine des hommes, l’astre de votre Conception immaculée n’aurait-il brillé au ciel que pour éclairer des ruines ? Le signe annoncé par Jean le Bien-Aimé, la Femme qui paraît au ciel revêtue du soleil, le front ceint d’un diadème de douze étoiles, et foulant le croissant sous ses pieds, ce signe n’a-t-il pas plus d’éclat, plus de puissance, que l’arc qui se dessina sur le ciel pour annoncer l’apaisement de la colère divine, aux jours du déluge ? C’est une Mère qui luit sur nous, qui descend vers nous pour consoler et pour guérir. C’est le sourire du ciel miséricordieux à la terre malheureuse et coupable. Nous avons mérité le châtiment ; la divine justice nous a éprouvés, elle a le droit d’exiger d’autres expiations encore ; mais elle se laissera fléchir. La nouvelle effusion de grâces que le Seigneur a répandue sur le monde, au grand jour dont nous célébrons la mémoire, ne demeurera pas stérile ; nous entrons dès lors dans une autre période. Marie, que l’hérésie blasphémait depuis plus de trois siècles, descend vers nous pour régner ; elle vient porter le dernier coup aux erreurs dont les nations ont été trop longtemps séduites ; elle fera sentir son pied vainqueur au dragon qui s’agite avec tant de rage, et le divin Soleil de justice dont elle est revêtue versera sur le monde renouvelé les flots d’une lumière plus brillante et plus pure que jamais. Nos yeux ne verront pas encore ce jour ; mais déjà nous en pouvons saluer l’aurore.

Au siècle dernier, un serviteur de Dieu que l’Église a depuis placé sur les autels, votre dévot serviteur, ô Marie, Léonard de Port-Maurice semble avoir désigné l’époque de votre triomphe futur comme celle où le monde devait recouvrer la paix. Les agitations au milieu desquelles s’écoule notre existence sont, nous voudrions le croire, le prélude de cette heureuse paix, au sein de laquelle la divine parole pourra parcourir le monde sans entraves, et l’Église de la terre cueillir sa moisson pour l’Église du ciel. O Mère de Dieu, le monde fut agité aussi dans les temps qui précédèrent votre enfantement divin ; mais la paix régnait par toute la terre, lorsque, dans Bethléem, vous lui donnâtes son Sauveur. En attendant l’heure où vous déploierez la force de votre bras, assistez-nous, dans les touchants anniversaires qui se préparent ; rendez-nous purs et sans aucune tache, en cette nuit glorieuse au sein de laquelle va sortir de vous Jésus-Christ, Fils de Dieu, Lumière éternelle.

L'année liturgique, Dom Guéranger