Menu
Walafrid Strabon, abbé de Reichenau († 849), s’intéressa à l’histoire de l’abbaye voisine de Saint-Gall ; il écrivit la vie d’Otmar d’abord en appendice à celle de Saint Gall, puis dans une biographie spéciale dont il reprit les éléments à celle qu’avait composée le diacre Gozbert vers 830.

Quand saint Gall, renonçant à suivre son maître Saint Colomban dans sa vie errante, s’était fixé sur les bords de la Steinach, il ne désirait rien d’autre que de vivre la vie érémitique dans un cadre stable. Lors de sa mort survenue après 627, il fut enterré sur place. Sur son tombeau aussitôt vénéré comme celui d’un saint, on construisit une église autour de laquelle il y eut toujours quelques ermites qui suivaient peut-être la règle de Saint Colomban.
11 16 saint otmar.jpg
Vers 720 Otmar devenu abbé imposa la Règle de Saint Benoît, transformant ainsi la colonie d’ermites en une abbaye qui devait au siècle suivant prendre une importance considérable. D’après Walafrid Strabon, Otmar né en Thurgovie avait été élevé à la cour du comte de Coire Victor, et après son ordination sacerdotale, il avait été chargé du soin d’une église dédiée à Saint Florinus. Le noble Waltram, qui revendiquait par droit héréditaire la propriété du domaine de Saint-Gall aurait prié le comte Victor d’autoriser Otmar à venir prendre la direction des ermites. Dans la Vie de Saint Gall, Walafrid Strabon prétend que Charles Martel prit le monastère sous sa protection et lui fit d’amples donations ; dans la Vie d’Otmar le même Walafrid Strabon attribue ces bienfaits au roi Pépin. Il ne faut voir dans ces épisodes qu’une invention destinée à faire croire que l’abbaye de Saint-Gall était de fondation royale. En réalité, bien que limités, les droits des évêques de Constance étaient réels au VIIIème siècle. Les moines n’obtinrent leur première charte d’immunité qu’en 818 ; celle de 854 consacra leur pleine indépendance.

D’après les chroniqueurs de Saint-Gall, Pépin et Carloman auraient multiplié les donations généreuses ; il faut en rabattre : au temps d’Otmar, les bâtiments étaient certainement modestes, puisque tous durent être reconstruits au début du siècle suivant, et les chartes conservées nous montrent que l’extension du domaine monastique est bien postérieure à Otmar. La pauvreté des débuts eut l’heureux résultat de donner aux moines une ardeur qui fit trop souvent défaut à leurs successeurs. Le moine Vinithar raconte qu’alors ses confrères n’hésitaient pas à mendier des feuilles de parchemin, ne serait-ce qu’une seule, pour constituer leur bibliothèque ; quant à lui, il consentait à copier tout ce que l’on voulait en échange de quelques-unes de ces précieuses feuilles.
Walafrid Strabon se contente de vanter la charité et l’humilité d’Otmar en rapportant quelques anecdotes. Souvent Otmar rentrait nu au monastère, parce qu’il avait laissé tous ses vêtements aux pauvres. Un jour Pépin lui avait donné 70 marcs d’argent ; il en fit part si largement aux pauvres rencontrés sur son chemin qu’il serait arrivé les mains vides si ses compagnons n’avaient modéré sa générosité. Il avait aménagé pour les lépreux un abri où il se rendait la nuit pour laver et panser leurs plaies.
Si Otmar dédaignait les richesses, il n’en était pas de même de ses voisins, les comtes Warin et Ruadhart, dont l’administration se transformait souvent en vols éhontés. Otmar alla porter plainte à Pépin qui ordonna aux comtes de restituer ce qu’ils avaient pris. Ils n’en firent rien et, quand Otmar voulut aller rendre compte de leur conduite, ils se saisirent de lui et subornèrent de mauvais moines qui l’accusèrent de crimes graves. D’abord emprisonné au palais, il fut relégué dans une île du Rhin en face de Stein (Argovie). Soumis à un régime très dur et en butte à des gardiens indiscrets et malveillants, il y mourut le 16 novembre 759.

Dès l’année 768 ou 769 le corps d’Otmar fut ramené à Saint-Gall et déposé dans l’église. Sa reconstruction ayant été entreprise en 830, le corps fut emmené dans l’église Saint-Pierre située dans le cimetière près du monastère. Le 25 octobre 864, ou le rapporta dans la nouvelle église Saint-Gall. Enfin le 24 septembre 867, il fut transporté en présence des moines de Reichenau et de Kempten dans la nouvelle église Saint-Otmar. A partir de cette époque, on célébra à Saint-Gall, le 16 novembre, la fête principale de saint Otmar pourvue d’une vigile, et le 24 septembre la translation de ses reliques.

Vie des Saints et des Bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des Fêtes, RR. PP. Bénédictins de Paris