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QUOD DUCE TE MUNDUS SURREXIT IN ASTRA TRIUMPHANS, HANC CONSTANTINUS VICTOR TIBI CONDIDIT AULAM. Parce que le monde sous ta conduite s’est élevé triomphant jusqu’aux cieux, Constantin vainqueur construisit ce temple à ta gloire. C’était l’inscription qui, dans l’ancienne basilique vaticane, se détachait en lettres d’or au sommet de l’arc triomphal. Jamais en moins de mots le génie romain ne s’exprima si magnifiquement ; jamais n’apparut mieux la grandeur de Simon fils de Jean sur les sept collines. En 1506, la sublime dédicace tombant de vétusté périt avec l’arc sous lequel, à la suite du premier empereur chrétien, peuples et rois, le front dans la poussière, s’étaient pressés durant douze siècles en présence de la Confession immortelle, centre et rendez-vous du monde entier. Mais la coupole lancée dans les airs par le génie de Michel-Ange, désigne toujours à la Ville et au monde le lieu où dort le pêcheur galiléen, successeur des Césars, résumant dans le Christ dont il est le Vicaire les destinées de la ville éternelle.

La seconde gloire de Rome est la tombe de Paul sur la voie d’Ostie. Cette tombe, à la différence de celle de Pierre qui continue de plonger dans les profondeurs de la crypte vaticane, est portée jusqu’à fleur de terre par un massif de maçonnerie, sur lequel pose le vaste sarcophage. On fut à même de constater cette particularité en 1841, lorsque l’on reconstruisit l’autel papal. Il parut évident que l’intention de soustraire le tombeau de l’apôtre aux inconvénients qu’amènent les débordements du Tibre, avait obligé de soulever ainsi le sarcophage de la place où d’abord Lucine l’avait établi. Le pèlerin n’a garde de s’en plaindre, lorsque par le soupirail qui s’ouvre au centre de l’autel, son œil respectueux peut s’arrêter sur le marbre qui ferme la tombe, et y lire ces imposantes paroles, tracées en vastes caractères de l’époque constantinienne : PAULO APOSTOLO ET MARTYRI. A Paul Apôtre et Martyr.

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Ainsi Rome chrétienne est protégée au nord et au midi par ces deux citadelles. Associons-nous aux sentiments de nos pères, lorsqu’ils disaient de la cité privilégiée : « Pierre, le portier, fixe ! à l’entrée sa demeure sainte ; qui niera que cette ville soit pareille aux cieux ? A l’autre extrémité, Paul, de son temple, en garde les murs ; Rome est assise entre les deux : là donc est Dieu. »

Donc aussi la présente fête méritait d’être plus qu’une solennité locale ; l’Église mère, en l’étendant à toute Église dans ces derniers siècles, a mérité la reconnaissance du monde. Grâce à elle, nous pouvons tous ensemble aujourd’hui faire en esprit ce pèlerinage ad limina que nos aïeux accomplissaient au prix de tant de fatigues, ne croyant jamais en acheter trop cher les saintes joies et les bénédictions. « Célestes monts, sommets brillants de la Sion nouvelle ! là sont les portes de la patrie, les deux lumières du monde en sa vaste étendue : là, Paul comme un tonnerre fait entendre sa voix ; là, Pierre retient ou lance la foudre. Par celui-là les cœurs des hommes sont ouverts, par celui-ci les cieux. Celui-ci est la pierre de fondement, celui-là l’ouvrier du temple où s’élève l’autel qui apaise Dieu. Tous deux, fontaine unique, épanchent les eaux qui guérissent et désaltèrent. »

L’Église romaine a consigné, dans les Leçons des Matines, ses traditions concernant les basiliques dont la dédicace fait l’objet de la fête de ce jour.

Pour célébrer les saints Apôtres, il nous plaît d’emprunter aux bibliothèques de nos frères séparés d’Angleterre cette Séquence que la vénérable Église d’York chantait encore, il y a quatre siècles, en leur honneur.

SÉQUENCE.

En cette mémoire solennelle du Prince des Apôtres, que l’harmonie de notre louange, inspirée par l’amour, se fasse jour en cantiques joyeux.
Avec lui vénérons, digne comme lui de nos chants, l’Apôtre des nations ; ainsi la louange réunira ceux que l’amour unit dans la vie et que la mort elle-même n’a pu séparer.
Leur louange, c’est que dans Rome, siège de l’empire, ils renversèrent l’idolâtrie ; que dans cette Rome, l’Église fondée et soutenue par eux gouverne l’univers.
Le fondement de l’Église, c’est la foi de Pierre, comme la doctrine de Paul en est le soutien ; au premier la clef signifiant la puissance, au second celle qui ouvre les horizons de la science : toutes deux concourent à l’œuvre commune.
Car c’est ainsi que le troupeau, que le peuple fidèle se félicite, au milieu des tempêtes de cette vie, d’avoir en Pierre un pasteur et un guide ; tandis que Paul par ses enseignements le fortifie, l’anime et le guérit dans ses maux.
L’un répand la parole de vie, l’autre aux croyants de cette parole ouvre les deux ; ce que l’un prêche, l’autre en montre la vérité par des miracles sans nombre.
Ils appellent au salut, celui-ci les Juifs, celui-là les nations ignorantes du chemin de la vie ; tous deux dirigent les appelés, tous deux combattent pour eux, repoussant l’assaut de l’ennemi,
Ne craignant pas de faire face à la force toute-puissante de l’empire, encourant l’un le supplice de la croix, l’autre celui du glaive.
En la même ville, en un même jour, ils souffrent la mort et passent aux cieux où sont récompensés les justes. Puissent-ils, priant pour nous, nous préserver de tout mal, et nous amener à partager leur bienheureux sort. Amen.

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Enfin mettant à profit ce jour pour rappeler et pour compléter les enseignements qui nous furent donnés dans la fête générale de la Dédicace des Églises, terminons par cette autre Séquence, digne d’Adam de Saint-Victor auquel on l’attribua longtemps. Toutes les allégories du temps des figures y sont relevées à l’honneur du grand mystère de l’union du Christ et de l’humanité, qu’exprime la consécration des temples chrétiens.

SÉQUENCE.

Qu’ils sont aimés les tabernacles et les parvis du Seigneur des armées ! O architecte incomparable ! ô temple édifié de telle sorte, que l’affermissent, au lieu de l’ébranler, les pluies, les flots débordés, les tempêtes ! Belles sont ses fondations, qui remontent aux jours où de gracieuses figures l’annonçaient sous les ombres ! C’était le côté d’Adam endormi produisant Eve : première image d’une union qui doit durer toujours. C’était l’arche faite du bois : elle sauve Noé, navigue sûrement sur les eaux du déluge où périt le monde. C’est Sara chargée d’ans et sa fécondité tardive, et son rire de bonheur quand elle allaite celui dont le nom signifie notre joie. Rébecca présente l’eau qu’elle a puisée au serviteur, porteur du message, et abreuve aussi ses chameaux. Elle se pare des bracelets, des pendants d’oreilles, pour se montrer telle qu’il convient à une vierge. Par Jacob la synagogue est supplantée, tandis que, ne se confiant qu’à la lettre, elle s’égare. Aux yeux chassieux de Lia bien des choses échappent, qui font la force de Rachel la voyante et rendent égaux ses droits. Veuve longtemps, Thamar voilée donne à Juda deux fils. Là, Moïse est trouvé dans sa corbeille de jonc par la jeune fille qui se baigne au fleuve. Là l’agneau mâle est immolé, rassasiant Israël, le teignant de son sang. Là la mer Rouge est traversée, les Égyptiens sont engloutis sous les flots profonds. Là est l’urne remplie de la manne ; là, mais dans l’arche de l’alliance, sont les dix commandements de la loi. Là sont gardés les ornements du temple, et aussi les vêtements d’Aaron dont le premier est l’éphod du pontife. Là Bethsabée, veuve d’Urie, élevée en gloire, s’assied sur le trône royal. Dans sa robe d’or et sa parure variée, elle est devant le prince semblable aux filles des rois. Là vient s’instruire à la divine sagesse de Salomon la reine du midi ; bien que noire, elle est belle, tout imprégnée de myrrhe et d’encens, toute parfums. Toutes ces figures annonçant sous les ombres l’avenir, le plein jour de la grâce nous en a révélé la portée. Maintenant unis au bien-aimé, goûtons sa paix, chantons des psaumes ; car c’est le jour des noces. Les trompettes éclatantes du festin en annoncent l’ouverture, le psaltérion l’achèvement. L’Époux ! C’est lui que chantent, unique mélodie, les millions de voix qui sans fin disent : Alléluia ! Amen.

L’Année Liturgique, Dom Guéranger