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« Simon, fils de Jean, m’aimez-vous ? » Voici l’heure où la réponse que le Fils de l’homme exigeait du pêcheur de Galilée, descend des sept collines et remplit la terre. Pierre ne redoute plus la triple interrogation du Seigneur. Depuis la nuit fatale où le coq fut moins prompt à chanter que le premier des Apôtres à renier son Maître, des larmes sans fin ont creusé deux sillons sur les joues du Vicaire de l’Homme-Dieu ; le jour s’est levé où tarissent ces pleurs. Du gibet où l’humble disciple a réclamé d’être cloué la tête en bas, son cœur débordant redit enfin sans crainte la protestation qui, depuis la scène des bords du lac de Tibériade, a silencieusement consumé sa vie : « Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime ! »

Jour sacré, où l’oblation du premier des Pontifes assure à l’Occident les droits du suprême sacerdoce ! Jour de triomphe, où l’effusion d’un sang généreux conquiert à Dieu la terre romaine ; où, sur la croix de son représentant, l’Époux divin conclut avec la reine des nations son alliance éternelle !
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Ce tribut de la mort, Lévi ne le connut pas ; cette dot du sang, Jéhovah ne l’avait point exigée d’Aaron : car on ne meurt pas pour une esclave, et la synagogue n’était point l’Épouse. L’amour est le signe qui distingue le sacerdoce des temps nouveaux du ministère de la loi de servitude. Impuissant, abîmé dans la crainte, le prêtre juif ne savait qu’arroser du sang de victimes substituées à lui-même les cornes de l’autel figuratif. Prêtre et victime à la fois, Jésus veut plus de ceux qu’il appelle en participation de la prérogative sacrée qui le fait pontife à jamais selon l’ordre de Melchisédech. « Je ne vous appellerai plus désormais serviteurs, déclare-t-il à ces hommes qu’il vient d’élever au-dessus des Anges, à la Cène ; je ne vous appellerai plus serviteurs, car le serviteur ne sait ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai communiqué tout ce que j’ai reçu de mon Père. Comme mon Père m’a aimé, ainsi je vous ai aimés ; demeurez donc en mon amour ».

Or, pour le prêtre admis de la sorte en communauté avec le Pontife éternel, l’amour n’est complet que s’il s’étend à l’humanité rachetée dans le grand Sacrifice. Et, qu’on le remarque : il y a là pour lui plus que l’obligation, commune à tous les chrétiens, de s’entr’aimer comme membres d’un même Chef ; car, par son sacerdoce, il fait partie du Chef, et, à ce titre, la charité doit prendre en lui quelque chose du caractère et des profondeurs de l’amour que ce Chef divin porte à ses membres. Que sera-ce, si, au pouvoir qu’il possède d’immoler le Christ lui-même, au devoir qu’il a de s’offrir avec lui dans le secret des Mystères, la plénitude du pontificat vient ajouter la mission publique de donner à l’Église l’appui dont elle a besoin, la fécondité que l’Époux céleste attend d’elle ? C’est alors que, selon la doctrine exprimée de toute antiquité par les Papes, les Conciles et les Pères, l’Esprit-Saint l’adapte à son rôle sublime en identifiant pleinement son amour à celui de l’Époux dont il remplit les obligations, dont il exerce les droits. Mais alors aussi, d’après le même enseignement de la tradition universelle, se dresse devant lui le précepte de l’Apôtre ; sur tous les trônes où siègent les évêques de l’Orient comme de l’Occident, les anges des Églises se renvoient la parole : « Époux, aimez vos Épouses, comme le Christ a aimé l’Église, et s’est livré pour elle afin de la sanctifier ».

Telle apparaît la divine réalité de ces noces mystérieuses, qu’à tous les âges l’histoire sacrée flétrit du nom d’adultère l’abandon irrégulier de l’Église premièrement épousée. Telles sont les exigences d’une union si relevée, que celui-là seul peut y être appelé qui demeure établi déjà sur les sommets de la perfection la plus haute ; car l’Évêque doit se tenir prêt à justifier sans cesse de ce degré suprême de charité, dont le Seigneur a dit : « Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Là ne réside point seulement la différence du mercenaire et du vrai pasteur ; cette disposition du Pontife à défendre jusqu’à la mort l’Église qui lui fut confiée, à laver dans son sang toute tache déparant la beauté de l’Épouse, est la garantie du contrat qui l’unit à cette très noble élue du Fils de Dieu, le juste prix des joies très pures qui lui sont réservées. « Je vous ai révélé ces choses, avait dit le Seigneur instituant le Testament de la nouvelle alliance, afin que ma propre joie soit en vous, et que votre joie soit pleine ».

Si tels devaient être les privilèges et obligations des chefs des Églises, combien plus du pasteur de tous ! En confiant à Simon fils de Jean l’humanité régénérée, le premier soin de l’Homme-Dieu avait été de s’assurer qu’il serait bien le vicaire de son amour ; qu’ayant reçu plus que les autres, il aimerait plus qu’eux tous ; qu’héritier de la dilection de Jésus pour les siens qui étaient dans le monde, il les aimerait comme lui jusqu’à la fin. C’est pourquoi l’établissement de Pierre au sommet de la hiérarchie sainte, concorde dans l’Évangile avec l’annonce de son martyre : pontife souverain, il devait suivre jusqu’à la Croix l’hiérarque suprême.

Les fêtes de ses deux Chaires à Antioche et à Rome, nous ont rappelé la souveraineté avec laquelle il préside au gouvernement du monde, l’infaillibilité de la doctrine qu’il distribue comme nourriture au troupeau tout entier ; mais ces deux fêtes, et la primauté dont elles rendent témoignage au Cycle sacré, appelaient pour complément et pour sanction les enseignements de la solennité présente. Ainsi que la puissance reçue par l’Homme-Dieu de son Père, la pleine communication faite par lui de cette même puissance au chef visible de son Église avait pour but la consommation de la gloire poursuivie par le Dieu trois fois saint dans son œuvre ; toute juridiction, tout enseignement, tout ministère ici-bas, nous dit saint Paul d’autre part, aboutit à la consommation des saints, qui ne fait qu’un avec la consommation de cette gloire souveraine : or, la sainteté de la créature, et, tout ensemble, la gloire du Dieu créateur et sauveur, ne trouvent leur pleine expression qu’au Sacrifice embrassant pasteur et troupeau dans un même holocauste.

C’est pour cette fin dernière de tout pontificat, de toute hiérarchie, que, depuis l’Ascension de Jésus, Pierre avait parcouru la terre. A Joppé, lorsqu’il était encore au début de ses courses d’Apôtre, une faim mystérieuse s’était saisie de lui : « Lève-toi, Pierre ; tue et mange », avait dit l’Esprit ; et, dans le même temps, une vision symbolique présentait réunis à ses yeux les animaux de la terre et les oiseaux du ciel. C’était la gentilité qu’il devait joindre, sur la table du banquet divin, aux restes d’Israël. Vicaire du Verbe, il partagerait sa faim immense : sa parole, comme un glaive acéré, abattrait devant lui les nations ; sa charité, comme un feu dévorant, s’assimilerait les peuples ; réalisant son titre de chef, un jour viendrait que, vraie tête du monde, il aurait fait de cette humanité, offerte en proie à son avidité, le corps du Christ en sa propre personne. Alors, nouvel Isaac, ou plutôt vrai Christ, il verrait, lui aussi, s’élever devant lui la montagne où Dieu regarde, attendant l’oblation.

Regardons, nous aussi ; car ce futur est devenu le présent, et, comme au grand Vendredi, nous avons part au dénouement qui s’annonce. Part bienheureuse, toute de triomphe : ici du moins, le déicide ne mêle pas sa note lugubre à l’hommage du monde, et le parfum d’immolation qui déjà s’élève de la terre ne remplit les cieux que de suave allégresse. Divinisée par la vertu de l’adorable hostie du Calvaire, on dirait, en effet, que la terre aujourd’hui se suffit à elle-même. Simple fils d’Adam par nature, et pourtant vrai pontife souverain, Pierre s’avance portant le monde : son sacrifice va compléter celui de l’Homme-Dieu qui l’investit de sa grandeur ; inséparable de son chef visible, l’Église aussi le revêt de sa gloire. Loin d’elle aujourd’hui les épouvantements de cette nuit en plein midi, où elle cacha ses pleurs, quand pour la première fois la Croix fut dressée. Elle chante ; et son lyrisme inspiré célèbre « la pourpre et l’or dont la divine lumière compose les rayons de ce jour qui donne aux coupables la grâce ». Dirait-elle plus du Sacrifice de Jésus lui-même ? C’est qu’en effet, par la puissance de cette autre croix qui s’élève, Babylone aujourd’hui devient la cité sainte. Tandis que Sion reste maudite pour avoir une fois crucifié son Sauveur, Rome aura beau rejeter l’Homme-Dieu, verser son sang dans ses martyrs, nul crime de Rome ne prévaudra contre le grand fait qui se pose à cette heure : la croix de Pierre lui a transféré tous les droits de celle de Jésus, laissant aux Juifs la malédiction ; c’est elle maintenant qui est Jérusalem.

Telle étant donc la signification de ce jour, on ne s’étonnera pas que l’éternelle Sagesse ait voulu la relever encore, en joignant l’immolation de Paul l’Apôtre au sacrifice de Simon Pierre. Plus que tout autre, Paul avait avancé par ses prédications l’édification du corps du Christ ; si, aujourd’hui, la sainte Église est parvenue à ce plein développement qui lui permet de s’offrir en son chef comme une hostie de très suave odeur, qui mieux que lui méritait donc de parfaire l’oblation, d’en fournir de ses veines la libation sacrée ? L’âge parfait de l’Épouse étant arrivé, son œuvre à lui aussi est achevée. Inséparable de Pierre dans ses travaux par la foi et l’amour, il l’accompagne également dans la mort ; tous deux ils laissent la terre aux joies des noces divines scellées dans leur sang, et montent ensemble à l’éternelle demeure où l’union se consomme.

***

Depuis l’atroce persécution de l’année 64, Rome était devenue pour Pierre un séjour plein de périls, et il se souvenait que son Maître, en l’établissant Pasteur des agneaux et des brebis, lui avait dit : « Tu me suivras ». L’Apôtre attendait donc le jour où il mêlerait son sang à celui de tant de milliers de chrétiens dont il avait été l’initiateur et le père. Mais, avant de sortir de ce monde, Pierre devait avoir triomphé de Simon le Magicien, son ignoble antagoniste. L’hérésiarque ne s’était pas contenté de séduire les âmes par ses doctrines perverses ; il eût voulu imiter Pierre dans les prodiges que celui-ci opérait. Il annonça un jour qu’il volerait dans les airs. Le bruit de cette nouveauté se répandit dans Rome, et le peuple se félicitait de contempler cette ascension merveilleuse. Si l’on s’en rapporte à Dion Chrysostome, Néron aurait retenu quelque temps à sa cour le personnage qui s’était engagé à cette tentative aérienne. Il voulut même honorer de sa présence un si rare spectacle. On dressa la loge impériale sur la voie Sacrée, où la scène devait se passer. La déception fut cruelle pour l’imposteur. « A peine cet Icare se fut-il lancé, dit Suétone, qu’il alla tomber près de la loge de Néron qui fut inondé de son sang ». L’accord des plus graves écrivains de l’antiquité chrétienne est unanime pour attribuer à la prière de Pierre l’humiliation infligée au jongleur samaritain au sein même de Rome, où il avait osé se poser comme rival du Vicaire du Christ.

Le déshonneur de l’hérésiarque, aussi bien que son sang, avait rejailli jusque sur l’empereur. La curiosité et la malveillance n’avaient qu’à s’unir, pour appeler sur la personne de Pierre une attention qui pouvait devenir funeste. Que l’on ajoute à cela le péril signalé par saint Paul, « le péril des faux frères » ; les froissements inévitables dans une société aussi nombreuse que l’était déjà celle des chrétiens ; la nécessité de mécontenter les âmes vulgaires, lorsqu’on ne doit consulter que les intérêts les plus élevés dans le choix toujours délicat des dépositaires d’une haute confiance : on s’expliquera alors ce que saint Clément, témoin du martyre des Apôtres, atteste dans sa lettre aux Corinthiens, que « les rivalités et les jalousies » eurent grande part au dénouement tragique des suspicions que l’autorité avait fini par concevoir au sujet de ce Juif.

La piété filiale des chrétiens de Rome s’alarma, et ils supplièrent le vieillard de se soustraire au danger par une fuite momentanée. « Bien qu’il eût préféré souffrir », dit saint Ambroise, Pierre s’acheminait sur la voie Appienne. Il était arrivé près de la porte Capène, lorsque tout à coup se présente à lui le Christ entrant lui-même dans la ville. « Seigneur, où allez-vous ? » s’écrie l’Apôtre. — « A Rome, répond le Christ, pour y être de nouveau crucifié ». Le disciple comprit le Maître ; il revint sur ses pas, n’ayant plus qu’à attendre l’heure de son martyre. Cette scène tout évangélique exprimait la suite des desseins du Sauveur sur son disciple. Afin de fonder l’unité dans l’Église chrétienne, il avait étendu à ce disciple son nom prophétique de Pierre ; maintenant c’était jusqu’à sa croix dont il allait le faire participant. Rome allait avoir son Calvaire, comme Jérusalem qu’elle remplaçait.

Dans la fuite du chef de l’Église, une bandelette qui liait une de ses jambes était tombée à terre, et elle fut ramassée avec respect par un disciple. On éleva sur place un monument dès les premiers siècles, pour en conserver la mémoire. C’est l’église des saints Nérée et Achillée, appelée dans l’antiquité Titulus fasciolœ, le Titre de la bandelette. Selon les desseins de la Providence, l’humble fasciola était destinée à rappeler la glorieuse et mémorable rencontre, où le Christ en personne s’était trouvé en face de son Apôtre aux portes de Rome, lui annonçant que la croix était proche.

Pierre dès lors disposa toutes choses en vue de sa fin prochaine. Ce fut alors qu’il écrivit sa seconde Épître, qui est comme son testament et ses adieux à l’Église. Il y annonce que le terme de sa vie est arrivé, et compare son corps à un abri passager que l’on démonte, pour émigrer ailleurs. « Bientôt, dit-il, ma tente sera détendue, ainsi que me l’a signifié notre Seigneur Jésus-Christ lui-même ». L’allusion à l’apparition sur la voie Appienne est ici évidente. Mais Pierre, avant de sortir de ce monde, avait encore à se préoccuper de la transmission de sa charge pastorale et à pourvoir au besoin de l’Église, qui bientôt allait être veuve de son chef. C’est dans cette intention qu’il ajoute : « J’aurai soin qu’après ma mort, vous soyez en mesure de vous rappeler mes enseignements ».

En quelles mains passeraient les clefs que Pierre avait reçues du Christ, en signe de son pouvoir sur le troupeau tout entier ? Linus était depuis plus de dix ans l’auxiliaire de l’Apôtre au sein de la chrétienté de Rome ; l’accroissement du peuple fidèle avait amené Pierre à lui donner un collègue dans la personne de Clétus ; ce n’était cependant ni sur l’un, ni sur l’autre, que devait s’arrêter le choix de l’Apôtre, en ce moment solennel, où il allait remplir l’engagement qu’il avait pris dans la lettre de ses adieux, de pourvoir à la continuation de son ministère. Clément, que la noblesse de son origine recommandait à la considération des Romains, en même temps que son zèle et sa doctrine lui méritaient l’estime des fidèles, fut celui sur lequel s’arrêta la pensée du prince des Apôtres. Dans les derniers jours qui lui restaient encore, Pierre lui imposa les mains, et l’ayant ainsi revêtu du caractère épiscopal, il l’intronisa dans sa propre Chaire, et déclara son intention de l’avoir pour successeur. Ces faits, rapportés dans le Liber pontificalis, sont confirmés par le témoignage de Tertullien et de saint Épiphane.

Ainsi la qualité d’évêque de Rome entraînait celle de pasteur universel ; et Pierre devait laisser l’héritage des clefs divines à celui qui occuperait après lui le siège que lui-même occupait au moment de sa mort. Ainsi l’avait ordonné le Christ ; et l’inspiration céleste avait amené Pierre à choisir Rome pour sa dernière station, Rome préparée de longue main par la divine Providence à l’empire universel. De là advint qu’au moment où la suprématie de Pierre passa à l’un de ses disciples, aucun étonnement ne se manifesta dans l’Église. On savait que la Primauté devait être un héritage local, et on n’ignorait pas que la localité dont Pierre avait fait choix depuis longues années déjà, était Rome elle-même. Après la mort de Pierre, il ne vint en pensée à aucun chrétien de chercher le centre de l’Église soit à Jérusalem, soit à Alexandrie, soit à Antioche, soit ailleurs.

La chrétienté de Rome tenait compte à son chef du paternel dévouement dont il s’était montré prodigue envers elle. De là ces alarmes, auxquelles l’Apôtre consentit un jour à céder. Les Épîtres de Pierre, si affectueuses, rendent témoignage de la tendresse d’âme qu’il avait reçue à un si haut degré. Il y est constamment le Pasteur dévoué aux brebis, craignant par-dessus tout les airs de domination ; c’est le délégué qui sans cesse s’efface, pour ne laisser apercevoir que la grandeur et les droits de celui qu’il doit représenter. Cette ineffable modestie est encore accrue chez Pierre par le souvenir qu’il conserva toute sa vie, ainsi que le rapportent les anciens, de la faute qu’il avait commise et qu’il pleura jusque dans les derniers jours de sa vieillesse. Fidèle à cet amour supérieur dont son Maître divin avait exigé de sa part une triple affirmation, avant de lui remettre le soin de son troupeau, il supporta, sans fléchir, les immenses labeurs de sa charge de pêcheur d’hommes. Une circonstance de sa vie, qui se rapporte à la dernière période, révèle d’une manière touchante le dévouement qu’il gardait à celui qui avait daigné l’appeler à sa suite, et pardonner à sa faiblesse. Clément d’Alexandrie nous a conservé le trait suivant.

Avant d’être appelé à l’apostolat, Pierre avait vécu dans la vie conjugale. Dès lors sa femme ne fut plus pour lui qu’une sœur ; mais elle s’attacha à ses pas, et le suivit dans ses pérégrinations pour le servir. Elle se trouvait à Rome, lorsque sévissait la persécution de Néron, et l’honneur du martyre la vint chercher. Pierre la vit marcher au triomphe, et à ce moment sa sollicitude pour elle se traduisit dans cette seule exclamation : « Oh ! souviens-toi du Seigneur ». Ces deux Galiléens avaient vu le Seigneur, ils l’avaient reçu dans leur maison, ils l’avaient fait asseoir à leur table. Depuis, le divin Pasteur avait souffert la croix, il était ressuscité, il était monté aux cieux, laissant le soin de sa bergerie au pêcheur du lac de Génésareth. Qu’avait à faire à ce moment l’épouse de Pierre ? si ce n’est de repasser de tels souvenirs, et de s’élancer vers celui qu’elle avait connu sous les traits de l’humanité, et qui s’apprêtait à couronner sa vie obscure d’une gloire immortelle.

Le moment d’entrer dans cette gloire était enfin arrivé pour Pierre lui-même. « Lorsque tu seras devenu vieux, lui avait dit mystérieusement son Maître, tu étendras les mains : un autre alors te ceindra, et te conduira là où tu ne veux pas ». Pierre devait donc atteindre un âge avancé ; comme son Maître, il étendrait les bras sur une croix ; il connaîtrait la captivité et le poids des chaînes dont une main étrangère le garrotterait ; il subirait violemment cette mort que la nature repousse, et boirait ce calice dont son Maître lui-même avait demandé d’être délivré. Mais, comme son Maître aussi, il se relèverait, fort du secours divin, et marcherait avec ardeur vers la croix. L’oracle allait s’accomplir à la lettre.

Au jour marqué par les desseins de Dieu, la puissance païenne donna l’ordre de mettre la main sur l’Apôtre. Les détails nous manquent quant aux procédures judiciaires qui suivirent son arrestation, mais la tradition de l’Église romaine est qu’il fut enfermé dans la prison Mamertine. On a donné ce nom au cachot que fit construire Ancus Martius au pied du mont Capitolin, et qui fut ensuite complété par Servius Tullius, d’où lui est venu le nom de carcer Tullianus. Deux escaliers extérieurs, appelés les Gémonies, conduisaient à cet affreux réduit. Un cachot supérieur donnait entrée à celui qui devait recevoir le prisonnier, et ne le rendre que mort, à moins qu’on ne le destinât à un supplice public. Pour l’introduire dans ce terrible séjour, il fallait le descendre, à l’aide de cordes, par une ouverture pratiquée dans la voûte, et qui servait aussi à le remonter, quel que fût son sort. La voûte étant assez élevée et les ténèbres complètes dans le cachot, la garde d’un prisonnier, chargé d’ailleurs de lourdes chaînes, était facile.

Ce fut le 29 juin de l’année 67, que Pierre fut tiré de son cachot pour être conduit à la mort. Selon la loi romaine, il subit d’abord la flagellation, qui était le prélude du supplice des condamnés à la peine capitale. Une escorte de soldats conduisit l’Apôtre au lieu de son martyre, en dehors des murs de la ville, comme le voulait aussi la loi romaine. Pierre, marchant au supplice, était suivi d’un grand nombre de fidèles que l’affection enchaînait à ses pas, et qui bravaient ainsi tous les périls.

Au delà du Tibre, en face du Champ de Mars, s’étendait une vaste plaine à laquelle conduisait le pont appelé Triomphal. Ce pont mettait en communication avec la ville les deux voies Triomphale et Cornélia, qui toutes deux se dirigeaient vers le nord. A partir du fleuve, la plaine était bornée à gauche par le Janicule, au fond par les monts Vaticans, dont la chaîne se continuait à droite en amphithéâtre. Près de la rive du Tibre, le terrain était occupé par d’immenses jardins, ceux-là mêmes dont Néron avait fait, trois années auparavant, dans ces mêmes jours, le principal théâtre de l’immolation des chrétiens. A l’ouest de la plaine Vaticane, et au delà des jardins de Néron, était un cirque de vaste étendue, que l’on désigne ordinairement sous le nom de ce prince, bien qu’il ait dû sa première origine à Caligula, qui fit apporter d’Égypte l’obélisque destiné à marquer le point central du monument. En dehors du cirque, vers son extrémité, s’élevait un temple d’Apollon, divinité protectrice des jeux publics. A l’autre extrémité commençait la déclivité des monts Vaticans, et vers le milieu, en face de l’obélisque, était planté un térébinthe connu du peuple. L’emplacement désigné pour le supplice de Pierre était près de ce térébinthe. C’était là également que sa tombe était préparée. Nul endroit de Rome ne convenait mieux à une fin si auguste. De tout temps quelque chose de mystérieux avait plané sur le Vatican. Les Romains y considéraient avec respect un vieux chêne, que d’antiques traditions disaient antérieur à la fondation de Rome. On parlait d’oracles qui s’étaient fait entendre en ces lieux. Et quel emplacement convenait mieux pour son repos à ce vieillard qui était venu conquérir Rome, qu’un hypogée sous ce sol vénéré, ouvrant sur la voie Triomphale et s’étendant jusqu’à la voie Cornélia, unissant ainsi les souvenirs de Rome victorieuse et le nom des Cornelii devenu inséparable de celui de Pierre ?

La prise de possession de ces lieux par le Vicaire de l’Homme-Dieu avait une souveraine grandeur. L’Apôtre était arrivé près de l’instrument de son supplice. Ce fut alors qu’il pria les bourreaux de l’y établir la tête en bas, et non à la manière ordinaire, afin, dit-il, que l’on ne vît pas le serviteur dans la même attitude qui avait convenu au Maître. La demande fut accordée, et la tradition chrétienne tout entière rend témoignage de ce fait qui atteste, à la suite de tant d’autres, la profonde modestie d’un si grand Apôtre. Pierre, les bras étendus sur le bois du sacrifice, pria pour la ville et pour le monde, tandis que son sang s’épanchait sur le sol romain dont il achevait la conquête. A ce moment, Rome était devenue pour jamais la nouvelle Jérusalem. Après que l’Apôtre eut parcouru en entier le cycle de ses souffrances, il expira ; mais il devait revivre dans chacun de ses successeurs jusqu’à la fin des siècles.

A LA MESSE.

« Plus que de coutume se presse la foule en fête ; dis-moi, ami, quel est ce concours : tout Rome en allégresse s’agite en divers sens. — C’est que le présent jour ramène le souvenir de plus d’un triomphe : Pierre et Paul, vainqueurs tous deux dans un trépas sublime, ennoblirent autrefois cette journée de leur sang. Sacré sur ses deux rives depuis qu’il coule entre leurs tombes, le Tibre fut témoin de la croix et du glaive. Double trophée, doubles richesses, réclamant le culte de la cité reine ; double solennité dans un jour unique. Aussi, vois en deux courants le peuple de Romulus se croiser dans la ville entière. Hâtons le pas pour suffire aux deux fêtes ; ne perdons rien des hymnes saintes. Suivons d’abord la voie qui mène au delà du pont d’Adrien : sur la rive droite, ces toits dorés nous montrent où Pierre repose. Là, dès le matin, le Pontife offre ses premiers vœux. Puis bientôt, regagnant la rive gauche, il vient au tombeau de Paul célébrer un nouveau Sacrifice. Toi-même donc, souviens-toi qu’ainsi l’on honore ce jour deux fois sacré ».

C’est Prudence, le grand poète chrétien du IVème siècle, qui se fait ici le témoin de l’enthousiasme avec lequel on célébrait à Rome, de son temps, la solennité des saints Apôtres. Théodoret, saint Astère d’Amasée, nous apprennent que la piété des fidèles n’était pas moindre en cette fête jusque dans les églises les plus lointaines de la Syrie et de l’Asie. Dans les Codes qui portent leurs noms, Théodose et Justinien établissent ou rappellent la prohibition qui frappe le travail ou le négoce, les procédures et les spectacles profanes, au jour du martyre des Apôtres, maîtres de toute la chrétienté. Sur ce terrain, le schisme et l’hérésie ne devaient pas prévaloir en Orient contre la reconnaissance et l’amour. Plus près de nous, jusqu’au milieu des ruines amoncelées par la prétendue Réforme, on vit l’Angleterre protestante conserver la fête du 29 juin avec le jeûne de sa vigile ; toutefois, phénomène étrange, peu en rapport avec les tendances de l’Église établie, saint Paul alors dut s’effacer pour laisser place entière à celui dont l’évêque de Rome est le successeur ; et tandis que le calendrier anglican ne garde plus du premier d’autre souvenir que celui de sa conversion au 25 janvier, il continue de porter à la date de ce jour le nom seul de Pierre : c’est de lui seul également qu’il est fait mention dans tout l’Office.

Le poème de Prudence, que nous citions plus haut, fait ressortir la difficulté qu’il y avait pour le peuple romain à ne rien perdre de la double Station de ce jour. La distance est grande, en effet, de la basilique Vaticane à celle de la voie d’Ostie ; et les deux courants dont parle le poète indiquent assez qu’un grand nombre de pèlerins, faute de pouvoir se trouver aux deux Messes solennelles, étaient réduits à choisir. Ajoutons que la nuit précédente n’avait pas été, elle non plus, sans fatigue, si dès lors, ainsi qu’il conste pour les siècles suivants, les Matines des Apôtres, commencées au crépuscule, y étaient suivies de celles des Martyrs au premier chant du coq. Saint Grégoire le Grand, voulant donc épargner à son peuple et aux clercs une accumulation qui tournait au détriment de l’honneur même rendu aux deux princes des Apôtres, renvoya au lendemain la Station de la voie d’Ostie et la solennelle mémoire du Docteur des nations. En conséquence, on ne s’étonnera pas que, sauf dans la Collecte, commune aux deux Apôtres, les formules chantées de la Messe qui va suivre se rapportent exclusivement à saint Pierre : cette Messe n’était dans l’origine que la première de ce jour, celle qui se célébrait au matin sur le tombeau du Vicaire de l’Homme-Dieu.

L’Épouse resplendit sous la pourpre sacrée, teinte deux fois aujourd’hui dans le bain d’un sang généreux. Tandis que le Pontife s’avance vers l’autel, entouré des divers Ordres de l’Église qui lui font un cortège auguste, le chœur des chantres entonne l’Antienne d’Introït et l’alterne avec les versets du Psaume CXXXVIII. Ce Psaume, que l’on trouvera plus loin tout entier aux secondes Vêpres, est principalement choisi pour honorer les saints Apôtres, à cause des paroles de son verset dix-septième : « Pour moi, vos amis sont honorés jusqu’à l’excès, ô Dieu ; leur puissance s’est accrue par delà toute limite ».

La Collecte, qui revient terminer chacune des Heures de l’Office divin, est la formule principale de prière qu’emploie l’Église chaque jour. C’est dans cette formule solennelle qu’on doit chercher sa pensée. La suivante nous indique que l’Église entend bien célébrer conjointement aujourd’hui les deux princes des Apôtres, et ne les pas séparer dans sa piété reconnaissante.

ÉPÎTRE.

Il est difficile de revenir avec plus d’insistance que ne le fait la Liturgie de ce jour, sur l’épisode de la captivité de saint Pierre à Jérusalem. Plusieurs Antiennes et tous les Capitules de l’Office en sont tirés ; l’Introït le chantait tout à l’heure ; et voici que l’Épître nous donne en son entier le récit qui intéresse si particulièrement aujourd’hui, semble-t-il, l’Église de Dieu. Le secret d’une telle préférence est aisé à découvrir. Cette fête est celle où la mort de Pierre confirme la reine des nations dans ses augustes prérogatives de Souveraine, de Mère et d’Épouse ; mais quel fut le point de départ de ces grandeurs, sinon le moment solennel entre tous où le Vicaire de l’Homme-Dieu, secouant sur Jérusalem la poussière de ses pieds, tourna vers l’Occident son visage, et transféra dans Rome les droits de la synagogue répudiée ? Or c’est à sa sortie de la prison d’Hérode, qu’eut lieu ce grand fait. Et sortant de la ville, il s’en alla, disent les Actes, en un autre lieu. Cet autre lieu, d’après le témoignage de l’histoire et de toute la tradition, c’était la ville appelée à devenir la nouvelle Sion ; c’était Rome, où, quelques semaines après, abordait Simon Pierre. Aussi, reprenant la parole de l’ange dans un des Répons de l’Office des Matines, la gentilité chantait cette nuit : « Lève-toi, Pierre, et revêts tes vêtements : ceins-toi de force, pour sauver les nations ; car les chaînes sont tombées de tes mains ».

Comme autrefois Jésus dans la barque prête à sombrer, Pierre dormait tranquillement à la veille du jour où il devait mourir. La tempête, les dangers de toutes sortes, ne seront point ménagés dans le cours des âges aux successeurs de Pierre. Mais on ne verra plus, sur le vaisseau de l’Église, l’effarement qui s’était emparé des compagnons du Seigneur dans l’esquif que soulevait l’ouragan. La foi manquait alors aux disciples, et c’était son absence qui causait leurs terreurs. Mais depuis la descente de l’Esprit divin, cette foi précieuse, d’où découlent tous les dons, est inamissible dans l’Église. Elle donne aux chefs le calme du Maître ; elle entretient au cœur du peuple fidèle la prière ininterrompue, dont l’humble confiance triomphe silencieusement du monde, des éléments et de Dieu lui-même. S’il arrive que la barque de Pierre côtoie des abîmes, le pilote semblât-il endormi, l’Église n’imitera pas les disciples sous la tourmente du lac de Génésareth. Elle ne se fera point juge du temps et des moyens de la Providence, ni ne se croira permis de reprendre tumultuairement celui qui doit veiller pour tous : se souvenant que, pour dénouer sans bruit, les situations les plus extrêmes, elle possède un moyen meilleur et plus sûr ; n’ignorant point que, si l’intercession ne fait pas défaut, l’ange du Seigneur viendra lui-même au temps voulu réveiller Pierre et briser ses chaînes.

Oh ! combien quelques âmes sachant prier sont plus puissantes, en leur simplicité ignorée, que la politique et les soldats de tous les Hérodes du monde ! La petite communauté rassemblée dans la maison de Marie mère de Marc était bien peu nombreuse ; mais d’elle, jour et nuit, s’élevait la prière ; par bonheur, on n’y connaissait point le naturalisme fatal qui, sous le beau prétexte de ne pas tenter Dieu, se refuse à lui demander l’impossible, quand l’intérêt de son Église est en jeu : ennemi domestique, plus lourd à porter, dans les temps de crise, que ne l’est la crise même ! Certes, les précautions d’Hérode Agrippa pour ne point laisser échapper son prisonnier faisaient honneur à sa prudence, et, à coup sûr, c’était l’impossible que réclamait l’Église en demandant la délivrance de Pierre : si bien que ceux-là même qui priaient alors, étant exaucés, n’en croyaient point leurs yeux. Mais leur force avait été précisément d’espérer contre toute espérance ce qu’eux-mêmes regardaient comme folie, de soumettre dans leur prière le jugement de la raison aux seules vues de la foi.

Le Graduel chante la puissance promise dans l’épithalame sacré aux compagnons et fils de l’Époux ; eux aussi ont vu des fils nombreux remplacer les pères qu’ils avaient abandonnés pour suivre Jésus. Le Verset alléluiatique célèbre la pierre qui porte l’Église, dans ce grand jour qui la voit se fixer pour jamais en son lieu prédestiné.

ÉVANGILE.

Rome, dans l’Épître, a célébré le jour où l’obstination de Juda, repoussant le Vicaire de l’Homme-Dieu, valut à la gentilité les honneurs d’Épouse. Voici maintenant que sa reconnaissante allégresse la porte à rappeler l’instant heureux où, pour la première fois, l’Époux fut salué de son titre divin par cette humanité à lui fiancée dès le sein du Père. Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ! Parole fortunée, attente des siècles, et que Jean-Baptiste avait préparée ! Mais le Précurseur lui-même devait quitter la terre, avant qu’elle ne vînt éveiller les échos d’un monde longtemps assoupi. Son rôle à lui était de mettre en présence le Verbe et l’Église ; après quoi, comme il fit, devait-il aussitôt disparaître, laissant l’Épouse à la spontanéité de ses effusions. Mais la première excellence du Bien-Aimé que relève l’Épouse au sacré Cantique, n’est-elle pas l’or très pur de la divinité dont sa tête est ornée ? Ainsi fait-elle dans les champs de Césarée de Philippe ; et son organe est Simon fils de Jean, qui, pour avoir en cette sorte traduit son cœur, reste à jamais la bouche de l’Église.

Amour et foi, faisant de concert explosion, constituent Pierre en ce moment la suprême et très antique sommité des théologiens, comme l’appelle saint Denys dans son livre des Noms divins. Le premier, en effet, dans l’ordre du temps comme pour la plénitude du dogme, il résout le problème dont la formule sans solution avait été le suprême effort de la théologie des siècles prophétiques. « Paroles de celui qui assemble les peuples, disait alors le Sage, paroles du fils de celui qui répand les vérités ; vision qu’a rapportée l’homme avec qui Dieu demeure. Fortifié par Dieu habitant avec lui, voici ce qu’il trouve à dire : « J’ignore la vraie Sagesse. Qui est monté au ciel et en est descendu, pour savoir appeler par son nom celui qui a fait la terre ? Et le nom de son fils ? qui le connaît pour le dire ? » Et après si solennel exorde amenant la question mystérieuse, le Sage, sans poursuivre plus outre, concluait dans une réserve confiante et craintive : « Toute parole du Seigneur est de flamme ; soyez fort de votre espérance en lui. Mais gardez-vous d’ajouter rien à ses oracles, de peur que vous ne donniez « prise à réprimande et ne soyez trouvé menteur ».

Quoi donc, ô Pierre, êtes-vous plus sage que Salomon ? Et ce que l’Esprit-Saint déclarait au-dessus de toute science, serait-il le secret d’un pauvre pêcheur ? Il est ainsi. Nul ne connaît le Fils que le Père ; mais le Père même a révélé à Simon le mystère de son Fils, et la parole qui en fait foi n’est point sujette à réprimande. Car elle n’est pas une addition mensongère aux dogmes divins : oracle des cieux passant par une bouche humaine, elle élève son heureux interprète au-dessus de la chair et du sang. Comme le Christ dont elle lui vaut de devenir le Vicaire, il aura pour unique mission d’être un fidèle écho du ciel ici-bas, donnant aux hommes ce qu’il reçoit : la parole du Père. C’est tout le mystère de l’Église, à la fois de la terre et du ciel, et contre laquelle l’enfer ne prévaudra pas.

Les rites du Sacrifice se poursuivent dans leur grandiose majesté. Tandis que les échos de la basilique retentissent encore des accents du sublime Credo qu’ont prêché les Apôtres, et qui s’appuie sur Pierre, l’Église s’est levée, apportant ses dons à l’autel. A la vue de ce long défilé des peuples et de leurs rois qui se succèdent durant les siècles, rendant redevance et hommage en ce jour au pêcheur crucifié, le chœur reprend sous une mélodie nouvelle le verset du Psaume qui, au Graduel, a déjà exalté la suréminence de cette principauté créée par le Christ en faveur des messagers de son amour.

Les dons de la terre n’ont rien, par eux-mêmes, qui puisse les faire agréer du ciel. Aussi l’Église, dans la Secrète, implore l’intervention de la prière apostolique pour rendre acceptable son offrande ; c’est cette prière des Apôtres qui, aujourd’hui encore, et toujours, est notre sûr refuge et le remède de nos misères.

Le Pasteur éternel ne saurait abandonner son troupeau ; mais il continue de le garder par les bienheureux Apôtres, pasteurs eux-mêmes, et toujours guides pour lui du peuple chrétien.

L’Église expérimente, au saint banquet, l’étroite relation du Mystère d’amour et de la grande unité catholique fondée sur la pierre. Elle chante à nouveau : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.

La Postcommunion revient sur la puissance de la prière apostolique, comme sauvegarde et boulevard des chrétiens que nourrit le céleste aliment.

L'année liturgique, Dom Guéranger