Ligue Saint Amédée     Mieux vaut une petite œuvre dans la Vérité, qu'une grande dans l'erreur.

 


1er juin : Sainte Angèle Mérici
1er juin : Saint Pamphile
2 juin : Saint Pothin et ses compagnons
3 juin : Sainte Clotilde
4 juin : Saint François Caracciolo
5 juin : Saint Boniface
6 juin : Saint Norbert
7 juin : Saint Claude
7 juin : Apparition de Saint Joseph à Cotignac
8 juin : Saint Médard
9 juin : Saint Prime et Saint Félicien
10 juin : Sainte Marguerite
11 juin : Saint Barnabé
12 juin : Saint Jean de Saint-Facond
13 juin : Saint Antoine de Padoue
13 juin : Deuxième apparition de ND de Fatima
14 juin : Saint Basile le Grand
15 juin : Sainte Germaine Cousin
15 juin : Saint Bernard de Menthon
16 juin : Saint Jean-François Régis
17 juin : Saint Avit
18 juin : Saint Ephrem
18 juin : Saint Marc et Saint Marcellien
19 juin : Sainte Julienne de Falconiéri
20 juin : Saint Sylvère
21 juin : Saint Louis de Gonzague
22 juin : Saint Paulin
23 juin : Saint Marie d'Oignies
24 juin : Nativité de Saint Jean-Baptiste
25 juin : Saint Guillaume de Verceil
25 juin : Saint Prosper d'Aquitaine
26 juin : Saint Jean et Saint Paul
27 juin : Notre-Dame du Perpétuel Secours
27 juin : Saint Ladislas
27 juin : Saint Anthelme
27 juin : Saint Burchard
28 juin : Saint Irénée
29 juin : Saint Pierre et Saint Paul
30 juin : Saint Paul


Sainte Angèle Merici
  1er juin : Sainte Angèle Merici, Vierge († 1540)

Le XVIème siècle, qui naguère offrait au Christ ressuscité la séraphique Madeleine de Pazzi, lui présente aujourd’hui ce nouveau tribut de la sainteté de l’Église. Angèle remplit toute la signification du beau nom qu’elle a reçu. Elle possède dans un corps mortel la pureté des esprits bienheureux, et elle imite leur vol agile, leur céleste énergie, par la vigueur de toutes les vertus. On voit cette héroïne de la grâce céleste abattre à ses pieds tout ce qui pourrait arrêter sa course. Élevée de bonne heure à la plus haute contemplation, une ardeur chevaleresque la pousse jusque sur les plages de l’Orient pour y suivre les traces de l’Époux divin auquel elle s’est donnée. On la voit ensuite visiter la nouvelle Jérusalem, et répandre ses vœux devant la Confession de Saint Pierre ; après quoi, rentrée dans son repos, elle fonde un Ordre religieux qui est encore et qui sera toujours l’un des ornements et l’un des secours de la sainte Église.

Le spectacle d’Ursule entourée de sa légion de vierges a séduit le cœur d’Angèle ; il lui faut aussi une armée de filles vaillantes. La noble princesse bretonne affronta les barbares ; Angèle, nouvelle Ursule, livrera bataille au monde et à ses séductions si redoutables pour des âmes encore neuves, et, comme trophée de ses victoires, elle peut montrer les innombrables générations d’adolescentes que son saint institut a sauvées depuis trois siècles, en les initiant à la pratique et à l’amour des vertus chrétiennes.

Vous avez combattu les combats du Seigneur, ô Angèle, et votre vie si remplie d’œuvres saintes vous a mérité un repos glorieux dans l’éternel séjour. Un zèle insatiable pour le service de celui que vous aviez choisi pour Époux, une ardente charité pour tous ceux qu’il a rachetés de son sang divin, forment le caractère de votre existence tout entière. Cet amour du prochain vous a rendue mère d’une famille innombrable ; car nul ne pourrait compter les jeunes enfants qui ont sucé à l’école de vos filles le lait de la saine doctrine et de la piété. Vous avez puissamment contribué, ô Angèle, au maintien de la famille chrétienne en préparant tant de mères et tant d’épouses pour leurs sublimes devoirs ; et combien d’institutions appelées au même but sont sorties de la vôtre pour la consolation de l’Église et l’avantage de la société ! Le Pontife suprême a ordonné que votre nom fût désormais fêté dans toute la catholicité. En promulguant ce décret, il a déclaré qu’il voulait placer sous votre maternelle protection toute la jeunesse de votre sexe exposée aujourd’hui à tant de périls de la part des ennemis de Jésus-Christ et de son Église. Ils ont formé le dessein d’arracher la foi du cœur des épouses et des mères, afin d’anéantir plus sûrement le christianisme, qu’une forte et douce influence a conservé jusqu’ici dans la famille. Déjouez ces noirs complots, ô Angèle ! Protégez votre sexe ; nourrissez en lui le sentiment de la dignité de la femme chrétienne, et la société peut encore être sauvée.

Nous nous adressons aussi à vous, ô épouse du Christ, pour obtenir votre aide dans le parcours de cette année liturgique, où nous retrouvons chaque jour vos traces. Votre ardeur à suivre les divins mystères qui se déroulent successivement à nos yeux vous entraîna au delà des mers. Vous vouliez voir Nazareth et Bethléem, parcourir la Galilée et la Judée, rendre grâces dans le Cénacle, pleurer sur le Calvaire, adorer le Sépulcre glorieux. Daignez bénir notre marche timide dans ces sentiers que vos pas ont parcourus. Nous voulons vous suivre sur le Mont des Oliviers, d’où notre Emmanuel est remonté dans les cieux ; il nous faut pénétrer une seconde fois dans le Cénacle, que le divin Esprit illumine de ses feux. Conduisez-nous sur vos pas, ô Angèle, vers ces lieux bénis dont l’attrait vous arracha à votre patrie, et vous lança à travers les hasards dans une lointaine et périlleuse pérégrination ; élevez nos âmes à la hauteur des augustes mystères qui couronnent le Temps pascal.

L'année liturgique, dom Guéranger

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Saint Pamphile
  1er juin : Saint Pamphile, Prêtre et Martyr († 308)

Pamphile était né à Béryte, en Phénicie, de l'une des premières familles de la province. Devenu prêtre de l'Église de Césarée, après de brillantes et profondes études aux écoles d'Alexandrie, il fut l'un des beaux modèles de l'alliance de la philosophie avec le dogme chrétien. Nul ne sut mieux unir l'amour de la science à ces vertus évangéliques qui font le caractère des vrais disciples de Jésus-Christ.

Pamphile s'était formé une immense bibliothèque composée des meilleurs auteurs, surtout ecclésiastiques ; il n'avait pour but de ses études que la défense de la foi. On doit à cet homme illustre la correction de la version de la Sainte Écriture dite des Septante ; c'est de sa bibliothèque précieuse que l'historien Eusèbe, son disciple, tira tous les documents dont il se servit pour écrire son histoire des premiers siècles.

A tous ses travaux intellectuels, Pamphile ajoutait les exercices de la piété et de la pénitence. Son seul bien, c'étaient ses livres ; il avait distribué aux pauvres tout son riche patrimoine et vivait dans la solitude, se reposant du poids du jour par les prières de la nuit.

Le pieux savant était préparé aux saints combats du Christ. Arrêté comme l'un des principaux docteurs chrétiens, au temps de la persécution de l'empereur Maximin Daïa, il comparut devant le gouverneur. Les promesses et les séductions n'ayant aucun succès, il fallut en venir aux menaces et aux tortures. Pamphile fut inébranlable. On lui déchire les côtes avec des ongles de fer ; il est flagellé si affreusement, qu'on est obligé de le transporter, épuisé de sang et demi-mort, dans sa prison. Le gouverneur attendait que les plaies du martyr fussent fermées pour renouveler le supplice, quand il devint lui-même victime de la férocité de l'empereur, qui le condamna à mort : juste châtiment de ses crimes et de ses débauches, qui l'avaient rendu odieux à tous.

Sous le nouveau gouverneur, Pamphile demeura quelques temps oublié dans sa prison, et il en profita pour écrire de savants ouvrages. Il y avait deux ans qu'il souffrait pour la foi, quand il fut condamné avec plusieurs autres chrétiens. L'exécution eut lieu sur le soir, et le corps resta toute la nuit exposé à l'endroit même du supplice. Mais aucun animal ne s'étant approché pendant la nuit pour le dévorer, les fidèles purent lui donner une sépulture honorable. C'est en l'an 308 que le philosophe chrétien, émule de Saint Justin, de Saint Lucien et de tant d'autres, consomma son martyre.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Pothin et ses compagnons
  2 juin : Saint Pothin et ses compagnons, Martyrs († 177)

Saint Pothin fut le premier évêque de Lyon. Il venait de l'Asie, avait été formé à l'école de Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, et envoyé par lui dans les Gaules.

Pothin, après avoir gagné un grand nombre d'âmes à Jésus-Christ, fut arrêté sous le règne de Marc-Aurèle. Il était âgé de quatre-vingt-dix ans, faible et tout infirme ; son zèle et le désir du martyre soutenaient ses forces et son courage. Conduit au tribunal au milieu des injures de la populace païenne, il fut interrogé par le gouverneur, qui lui demanda quel était le Dieu des chrétiens : "Vous le connaîtrez si vous en êtes digne," répondit l'évêque. A ces mots, la multitude furieuse se précipite contre lui ; ceux qui étaient plus près le frappèrent à coups de pieds et à coups de poings, sans aucun respect pour son âge. Le vieillard conservait à peine un souffle de vie quand il fut jeté en prison, où il expira peu après.

Le récit du martyre des compagnons de Saint Pothin est une des plus belles pages de l'histoire de l'Église des premiers siècles. Le diacre Sanctus supporta sans faiblir toutes les tortures, au point que son corps était devenu un amas informe d'os et de membres broyés et de chairs calcinées ; au bout de quelques jours, miraculeusement guéri, il se trouva fort pour de nouveaux supplices. Il ne voulait dire à ses bourreaux ni son nom, ni sa patrie, ni sa condition ; à toutes les interrogations il répondait : "Je suis chrétien !" Ce titre était tout pour lui ; livré enfin aux bêtes, il fut égorgé dans l'amphithéâtre.

Maturus eut à endurer les mêmes supplices que le saint diacre ; il subit les verges, la chaise de fer rougie au feu, et fut enfin dévoré par les bêtes féroces.

Le médecin Alexandre, qui, dans la foule des spectateurs, soutenait du geste le courage des martyrs, fut saisi et livré aux supplices.

Attale, pendant qu'on le grillait sur une chaise de fer, vengeait les chrétiens des odieuses imputations dont on les chargeait indignement : "Ce ne sont pas, disait-il, les chrétiens qui mangent les hommes, c'est vous ; quand à nous, nous évitons tout ce qui est mal." On lui demanda comment s'appelait Dieu : "Dieu, dit-il, n'a pas de nom comme nous autres mortels."

Il restait encore le jeune Ponticus, âgé de quinze ans, et l'esclave Blandine, qui avaient été témoins de la mort cruelle de leurs frères ; Ponticus alla le premier rejoindre les martyrs qui l'avaient devancé ; Blandine, rayonnante de joie, fut torturée avec une cruauté particulière, puis livrée à un taureau, qui la lança plusieurs fois dans les airs ; enfin elle eut la tête tranchée.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Sainte Clotilde
  3 juin : Sainte Clotilde, Reine de France (476-545)

Sainte Clotilde était fille de Chilpéric, roi catholique d'une partie de la Bourgogne, et nièce du prince arien Gondebaud. Appelée par Dieu à la grande mission du salut de la France, elle fut élevée au palais de son oncle, assassin de sa famille. La mère de Clotilde avait déposé dans son cœur, avec la foi, les germes de la piété ; aussi, dans une cour hérétique, sut-elle résister à toutes les sollicitations de Gondebaud et conserver la foi de son baptême.

Clovis, roi des Francs, entendit parler de la beauté, des vertus et de toutes les grandes qualités de la jeune princesse et la fit demander en mariage à Gondebaud, qui n'osa la refuser. Le mariage eut lieu en 493. Clotilde comprit qu'elle n'avait été appelée à partager le trône d'un roi païen que pour remplir les vues de Dieu sur un peuple généreux mais non éclairé de la lumière de l'Évangile.

Elle eut soin de gagner les bonnes grâces d'un époux magnanime, mais violent et barbare ; elle usa de son influence pour lui parler de Jésus-Christ. Clovis l'écoutait avec intérêt ; toutefois, il ne se hâtait pas ; il lui permit cependant de faire célébrer le culte catholique dans le palais et consentit au baptême de son premier-né. Clotilde mettait sur la tête de cet enfant toutes ses espérances pour la conversion de son peuple, quand Dieu, dont les desseins sont impénétrables, le ravit à la terre. A la colère du roi, à ses reproches, la douce reine répondit : "Je remercie Dieu de ce qu'Il m'a jugée digne de mettre au monde un fils qui est maintenant dans le Ciel." Un second enfant fut baptisé encore et tomba malade. Nouvelle et plus terrible colère de Clovis ; mais les prières de Clotilde furent entendues, et Dieu envoya des Anges guérir tout à coup le petit agonisant. Le moment de la grâce était venu.

A la bataille de Tolbiac, après un choc terrible, les Francs pliaient, quand Clovis, dans une illumination soudaine, s'écria : "Dieu de Clotilde, donne-moi la victoire et Tu seras mon Dieu !" Le courage renaît à ses soldats et bientôt la victoire des Francs est complète. Peu après, Clovis était baptisé par Saint Rémi, à Reims ; ce fut le signal du baptême de la nation entière.

Clovis mourut en 511, à l'âge de quarante-cinq ans, et Clotilde, dégoûtée du monde, éprouvée dans ses enfants, quitta bientôt la cour pour aller finir sa vie dans les larmes, les prières les aumônes, au fond d'un couvent. Prévenue du jour de sa mort, elle fit venir ses enfants, leur adressa ses dernières recommandations, et alla recevoir au Ciel sa récompense, le 3 juin 545.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint François Caracciolo
  4 juin : Saint François Caracciolo, Confesseur (1563-1608)

François, de la famille Caracciolo, l'une des plus illustres du royaume de Naples, entra dès son enfance dans le chemin de la perfection, par l'amour de la pénitence et une tendre dévotion à la Sainte Vierge. Il récitait chaque jour le petit Office et le Rosaire et jeûnait tous les samedis en l'honneur de sa bonne Mère. Cependant, jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, il ne songeait point à quitter le siècle. Il fallut l'horrible maladie de la lèpre pour le détacher du monde et le décider à se donner à Dieu dans la vie religieuse. La Providence lui fit rencontrer bientôt deux vertueux prêtres, auxquels il se joignit pour l'établissement des Clercs réguliers Mineurs.

François, encore tout jeune, fut bientôt supérieur général de l'Ordre, qui prenait de rapides accroissements. Il profita de la liberté que lui donnait cette charge pour augmenter ses exercices de piété et de mortification. Trois fois la semaine il jeûnait au pain et à l'eau, portait habituellement un rude cilice, prenait toutes les nuits la discipline, et passait le temps du repos partie au pied du Très Saint-Sacrement et partie dans l'étude. Quand le sommeil le pressait, c'était souvent sur le marchepied de l'autel qu'il prenait le peu de repos qu'il accordait à la nature, et qui ne durait jamais plus de trois ou quatre heures. Il donnait sept heures chaque jour à la contemplation et à la méditation de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ami de la pauvreté, si on lui donnait des vêtements neufs, il les changeait avec les habits les plus usés des simples frères ; il évitait avec soin toutes les marques de distinction et d'honneur, disant : "Je n'en suis pas digne ; la Compagnie ne me supporte que par charité." Il signait ordinairement ses lettres : François, pécheur.

Le saint alla lui-même établir son Ordre à Madrid, en Espagne, où il obtint un succès extraordinaire ; il y fit trois voyages et s'acquit une telle réputation, qu'on ne l'appelait que le Prédicateur de l'amour divin. A toutes les instances du Pape Paul V, qui voulait l'élever aux dignités ecclésiastiques, il faisait répondre : "Je veux faire mon salut dans mon petit coin."

Près de mourir, on l'entendait crier en se soulevant de son lit : "Seigneur Jésus, que Vous êtes bon. Seigneur, ne me refusez pas ce précieux sang que Vous avez répandu pour moi... Ô Paradis ! Ô Paradis !..." Après avoir fait ses adieux à ses frères, tenant le crucifix d'une main et l'image de Marie de l'autre, il mourut le 4 juin 1608, à l'âge de quarante-quatre ans, en disant :
"Allons ! Allons !
- Et où ? lui répondit-on.
- Au Ciel ! Au Ciel !"

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Boniface
  5 juin : Saint Boniface, Archevêque de Mayence, Martyr (680-754)

Boniface, appelé d'abord Winfrid, naquit en Angleterre, l'an 680. Une maladie grave que Dieu lui envoya décida son père à le laisser partir dans un monastère.
Devenu professeur après de brillantes études, Winfrid, par sa science et son éloquence, acquiert une réputation dont il est effrayé ; alors, refusant tous les honneurs, il tourne toute l'ambition de son zèle vers les contrées encore païennes de la Germanie, et n'a qu'un désir : devenir apôtre de l'Allemagne.

En 718, il va s'agenouiller aux pieds du Pape Grégoire II et reçoit de lui tous les pouvoirs apostoliques. Après avoir traversé, en exerçant sa charité pour les âmes, la Lombardie, la Bavière et la Thuringe, il va se joindre à Saint Willibrord, apôtre des Frisons ; mais il s'enfuit dès que celui-ci veut lui conférer l'épiscopat. Winfrid évangélise alors la Thuringe, dont les sauvages forêts se couvrent bientôt de monastères et se peuplent de saints.
La moisson est trop abondante, il lui faut des auxiliaires ; le Pape l'appelle à Rome, le sacre évêque et change son nom en celui de Boniface. L'apôtre, secondé par de vaillants missionnaires, travaille avec plus d'ardeur que jamais à étendre le règne de l'Évangile. Ses saintes audaces sont bénies du Ciel.

Un jour, il fait abattre un arbre de superstition, qui servait d'idole à un peuple aveugle, et quand la foule en fureur va se jeter sur lui, un prodige vient soudain la calmer : l'arbre énorme se plie sous une main invisible et va tomber en quatre tronçons aux pieds du Saint. Le Christ avait vaincu ; des milliers de païens demandèrent le baptême.

Boniface était de nouveau débordé par l'immensité de ses succès ; il fait un appel à sa patrie, et bientôt de nombreux missionnaires viennent se joindre à lui. Archevêque, légat du Pape, Boniface ne s'attribue point la gloire de ses œuvres ; Dieu est sa seule force et son seul recours; voilà le secret de ses conquêtes pacifiques.

A ce héros, il ne manquait plus qu'un combat ; à ce triomphateur, il ne manquait plus qu'une victoire. Un matin, Boniface se préparait à offrir le Saint Sacrifice, quand une foule armée se précipite vers lui en poussant des cris sauvages ; son entourage court aux armes ; mais Boniface sort de sa tente : "Cessez le combat, mes enfants, dit-il, voici l'heure de la délivrance !" Bientôt l'apôtre tombe sous les coups de ces barbares avec tous ceux qui l'accompagnent. On le trouva criblé de blessures, tenant en main le livre de Saint Ambroise : Du bienfait de la mort.

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Saint Norbert
  6 juin : Saint Norbert, Fondateur de l'Ordre des Prémontrés (1080-1134)

Norbert, né en 1080, près de Cologne, fut engagé dès son jeune âge dans la cléricature ; mais il fréquentait plus la cour que l'Église et reculait devant les Ordres sacrés, afin de suivre la voie des plaisirs.

Il avait déjà trente-trois ans, quand, traversant à cheval une belle prairie, accompagné d'un seul serviteur, il fut assailli par une soudaine et horrible tempête. La scène de Saint Paul sur le chemin de Damas se renouvela ; car Norbert entendit une voix céleste lui dire : "Pourquoi Me fuis-tu ? Je te destinais à édifier Mon Église, et tu scandalises Mon peuple." En même temps, la foudre éclate et le renverse par terre, où il demeure évanoui pendant une heure entière. Quand il eut recouvré ses sens, il dit à Dieu : "Seigneur, que demandez-Vous de moi ?" Et la réponse à sa question lui fit comprendre qu'il devait quitter le monde et vivre dans la pénitence.

La conversion fut immédiate et complète, et bientôt l'on put voir, non sans étonnement, le brillant gentilhomme échanger ses riches vêtements contre la bure du moine. Il se prépara pendant quarante jours, dans un monastère, à offrir pour la première fois le Saint Sacrifice de la Messe.

Norbert obtint du Pape les pouvoirs de missionnaire apostolique et commença à prêcher la pénitence. Ses œuvres étaient plus éloquentes encore que sa prédication : il marchait nu-pieds, même en plein hiver, au milieu de la neige, n'avait pour vêtement qu'un rude cilice en forme de tunique et un manteau de pénitent ; il observait perpétuellement le carême selon la rigueur des premiers siècles, et y ajoutait de ne manger presque point de poisson et de ne boire du vin que très rarement : on eût dit un nouveau Jean-Baptiste, par son zèle et ses austérités.

Cependant Dieu réservait à Norbert la gloire de fonder l'Ordre des Prémontrés, ainsi nommé parce que le saint avait eu révélation du lieu où il devait l'établir. Saint Augustin lui ayant apparu, une Règle d'or à la main, il comprit qu'il devait adopter pour son Ordre la règle de ce grand docteur. Il fut lui-même la règle vivante de ses frères.

En 1126, se réalisa une vision que sa mère avait eue avant sa naissance : Norbert fut obligé d'accepter l'archevêché de Magdebourg, et il eut désormais outre le souci de son Ordre, le soin de son diocèse, où son apostolat fut traversé par de grandes persécutions et couronné d'abondants fruits de salut. Rien du reste, n'avait changé dans sa vie, et jusqu'à sa mort il mena dans son palais la vie d'un moine dans sa cellule.

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Saint Claude
  7 juin : Saint Claude, Archevêque de Besançon (607-699)

Saint Claude illustra par ses vertus la partie orientale de la Bourgogne, connue sous le nom de Franche-Comté. Il naquit à Salins vers 607, d'une illustre famille romaine.
Dès l'âge de sept ans, il fut confié à des maîtres habiles qui lui enseignèrent en même temps les leçons de la science humaine, de la foi et de la piété. Il se plaisait beaucoup dans la lecture des Livres Saints, des Actes des Martyrs, de la Vie des Saints et des sermons des Pères et des Docteurs de l'Église ; aussi, jeune encore, devint-il fort instruit. Tous les jours on le voyait assister à la Messe ; il passait à l'église la plus grande partie des dimanches et des fêtes ; il ne se plaisait que dans la compagnie des personnes sérieuses et édifiantes : c'étaient des indices d'une vocation spéciale. Pourtant Claude exerça le métier des armes jusqu'à vingt ans, et ce n'est qu'alors qu'il entra dans la sainte milice.
Il fut le modèle des chanoines de la cathédrale de Besançon ; sa vie était celle d'un austère religieux. Ce n'était pas encore assez pour sa grande âme ; il se retira, douze ans plus tard, dans un couvent ; là, il ne vivait que de racines, reposait sur un dur grabat, n'aimait que la prière. Cinq ans après, il est abbé de son monastère.

Ce n'est qu'à l'âge de soixante-dix-huit ans qu'il est élu, malgré ses larmes, archevêque de Besançon. Son épiscopat dura sept années, pendant lesquelles il s'acquitta aussi parfaitement que possible de tous les devoirs d'un pasteur.
Les sermons du saint vieillard avaient tant de force, qu'ils arrachaient les âmes du vice, inspiraient la vertu et furent une cause du renouvellement de la foi et des mœurs dans son diocèse. Il profitait de ses visites pastorales pour exercer les œuvres de miséricorde corporelle en même temps que les œuvres de miséricorde spirituelle, visitant les malades, assistant les pauvres et ne refusant à personne un conseil ou une consolation.

Son grand âge le porta à retourner dans son monastère, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, et il gouverna ses religieux pendant plusieurs années encore. Après trois jours de maladie, il réunit ses frères, leur adressa une touchante exhortation, leur donna le baiser de paix et s'endormit doucement dans le Seigneur, à l'âge d'environ quatre-vingt-douze ans.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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apparition de Saint Joseph à Cotignac
  7 juin : Apparition de Saint Joseph à Cotignac

Les apparitions de Saint Joseph sont rares. Il apparaît avec la Vierge et l’Enfant Jésus à Fatima le 13 octobre 1917, mais il est particulièrement vénéré à Cotignac (diocèse de Fréjus dans le Var, en France). La Vierge était apparue sur le Mont Verdaille au bûcheron Jean de La Baume (10 et 11 août 1519), ce qui avait entraîné la construction d’une église dédiée à Notre-Dame de Grâces, lieu de miracles dont les Papes firent mention.

Cotignac est connu suite à une apparition de Notre Dame le 10 août 1519. Plus tard, la naissance du Roi Louis XIV est liée à ce haut lieu spirituel. En effet, à Paris le frère augustin déchaussé Fiacre de Saine Marguerite (né Denis Antheaume) prie suite à une locution intérieure la Vierge pour que Anne d’Autriche ait un héritier.
La Vierge lui a demandé trois neuvaines : la première à Notre-Dame de Grâces de Cotignac, la deuxième à Notre-Dame de Paris et la troisième à Notre-Dame des Victoires de la même ville.
C’est ainsi que naît Louis XIV, le frère Fiacre a été envoyé par Louis XIII et Anne d’Autriche à Cotignac pour y faire la neuvaine voulue ; peu de jours après son départ, Louis XIII déclare vouloir consacrer la France à la Vierge, et le Dauphin tant désiré naît le 5 septembre 1638, neuf mois, jours pour jour, après la fin des trois neuvaines.
En 1644, la régente Anne d’Autriche envoie à nouveau le frère Fiacre à Cotignac pour demander à la Vierge de protéger son fils.

Louis XIV vient en pèlerinage le 21 février 1660, en compagnie de sa mère, de son frère le duc d’Anjou (futur duc d’Orléans), de sa cousine la Grande Mademoiselle et du cardinal Mazarin. Il donne de somptueux cadeaux à l’église de Cotignac, et envoie une dernière fois le frère Fiacre vers Marie en 1661.

Dieu permit encore que Saint Joseph apparaisse le 7 juin 1660 à un berger assoiffé. Ce jour là, en pleine chaleur, Gaspard Ricard, un jeune berger de 22 ans, garde son troupeau sur le Mont Bessillon. Il a soif quand soudain, il aperçoit "un homme à ses côtés" qui lui désigne un lourd rocher en lui disant : "Je suis Joseph, enlève-le et tu boiras."

Devant la surprise et l’hésitation du jeune berger, l’apparition réitère son conseil. Gaspard soulève alors sans peine le rocher et découvre une source. Il boit alors à satiété et court porter la nouvelle au village. En un lieu que tous savent dépourvu de source, coule désormais une eau fraîche. Ainsi Cotignac mérite bien d’être appelé le village de la Sainte Famille !

Cette eau s’avère bien vite miraculeuse ; s’en suit la construction d’une chapelle Saint-Joseph, approuvée par l’évêque. C’est ainsi qu’on honore à Cotignac la Vierge et son époux. La nouvelle église Notre-Dame de Grâces conserve l’inscription signalant la visite royale de 1660 (ex-voto de marbre noir, 1667), l’ancienne statue de la Vierge et le cœur du frère Fiacre ; à 3 km de là, une église bâtie au pied du Grand-Bessillon est sur le lieu de la source et de l’apparition de Saint Joseph.

Le 12 mars 1661, Louis XIV invite les évêques de France à faire chômer la fête de Saint Joseph, le 19 suivant, interdisant tout commerce et travaux en ce jour, ce qui est immédiatement ratifié par les vicaires généraux de l’archevêque de Paris le 14.

On remarque que le 7 juin 1660 est aussi le jour où l’infante Marie-Thérèse entre en France pour y épouser Louis XIV en personne (elle était déjà mariée par procuration). Ce jour reste chômé en France, jusqu’à la révolution, en l’honneur de Saint Joseph par décision royale du Roi Louis XIV.

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Saint Médard
  8 juin : Saint Médard, Évêque de Noyon (457-545)

Saint Médard, l'un des plus célèbres pontifes de l'Église de France au VIème siècle, naquit vers l'an 457, à Salency, en Picardie, de parents profondément chrétiens. Dieu les bénit en leur donnant pour fils deux futurs saints évêques, Médard et Gildard.

La jeunesse de Médard fut remarquable par sa grande compassion pour les pauvres et les malheureux ; il s'assujettissait à des jeûnes rigoureux, afin de leur distribuer sa nourriture. Un jour, il rencontra un mendiant aveugle qui était presque nu ; il se dépouilla de son habit pour l'en revêtir ; et comme on lui demandait ce qu'il en avait fait, il dut répondre qu'il l'avait donné à un pauvre aveugle dont la misère l'avait touché.

Un autre jour, son père, revenant de la campagne avec un grand nombre de chevaux, le chargea de les conduire dans un pré et de les y garder en attendant l'arrivée de ses domestiques. Tout à coup Médard aperçut un villageois chargé de harnais qu'il portait à grand-peine :
"Eh ! mon ami, lui dit l'enfant, pourquoi vous chargez-vous d'un si pesant fardeau ?
- C'est, répondit le paysan, que mon cheval vient de périr par accident ; j'emporte ses harnais, mais sans espoir de pouvoir acquérir un autre cheval."
L'enfant, ému de compassion, prit un des chevaux confiés à sa garde et le força de l'emmener. Le Ciel témoigna par un prodige combien cet acte de charité Lui était agréable ; car, après que Médard eu rendu compte à son père de son action, on trouva le nombre des chevaux complet.

De plus, tous les gens de la maison virent un aigle couvrir Médard de ses ailes pendant une grosse pluie qui était tout à coup survenue. La vie de l'étudiant et du prêtre répondit à de si admirables commencements ; toutes les œuvres de zèle auxquelles peut se livrer un ministre des âmes lui étaient connues et familières.

En 530, il fut élu évêque et sacré par Saint Rémi. La dignité épiscopale ne lui fit rien retrancher de ses pénitences. On vit ce saint vieillard, à l'âge de soixante-douze ans, parcourir les villages, les bourgs et les hameaux, prêchant, consolant son peuple, administrant les sacrements avec un zèle infatigable. Il étendit le règne de la foi en quelques parties de son diocèse demeurées païennes ; et, par ses travaux comme par ses miracles, il eut la douce joie de sauver un grand nombre d'âmes. C'est de sa main que la reine Radegonde reçut le voile de religieuse.

Enfin Médard, âgé de quatre-vingt-sept ans, plus chargé encore de vertus et de mérites que d'années, rendit son âme au Créateur, en l'an 545.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Prime et Saint Félicien
  9 juin : Saint Prime et Saint Félicien, Frères, Martyrs

Saint Prime et Saint Félicien, appelés, déjà vieux, du paganisme à la foi, se montrèrent dignes de cette grâce par une vie toute de zèle et de charité. Ils furent de ces chrétiens intrépides qui encourageaient les martyrs devant les tribunaux et dans les supplices, nourrissaient les pauvres, faisaient du bien à tous. Après les avoir longtemps préservés dans leurs saintes audaces, le Seigneur ne voulut pas les priver davantage de la gloire du martyre, objet de leurs aspirations. Sous l'empereur Dioclétien, la persécution devint plus générale et le paganisme fit un dernier effort pour étouffer la religion du Christ dans le sang et le carnage.

Il y avait trente ans que Prime et Félicien bravaient la cruauté des tyrans, quand les prêtres des idoles déclarèrent que leurs dieux irrités ne voulaient plus rendre d'oracles jusqu'à ce que les deux chrétiens Prime et Félicien eussent sacrifié, ou bien eussent reçu le châtiment qu'ils méritaient. Ils sont aussitôt arrêtés, chargés de fers et amenés devant l'empereur.
Prime avait quatre-vingt-dix ans ; il répondit aux menaces du tyran, en lui déclarant qu'il n'y avait pas d'autre Dieu que le Dieu des chrétiens, ni d'autre religion que la leur, et que par conséquent ils étaient prêts à subir la mort plutôt que de trahir leur foi. On les frappa d'abord avec des fouets ; puis bientôt on déchira leur corps par lambeaux avec des tenailles. Les affreuses plaies furent guéries miraculeusement par Jésus-Christ. Quelques jours après, nouvelles tortures et nouveau triomphe ; on fit pleuvoir sur leur chair une grêle de coups de fouets armés de plomb ; pendant ce supplice, ils chantaient les louanges du Seigneur.
Félicien, âgé lui-même de quatre-vingts ans, sut, comme son frère, résister à toutes les tentations et prêcha la foi et le salut à son cruel persécuteur ; mais il fut cloué par les mains et les pieds à un poteau, où on le laissa trois jours entiers sans nourriture ; au bout de ces trois jours, rafraîchi et nourri par les Anges, il parut aussi sain que s'il n'avait pas souffert.
Quant à Prime, on chercha à lui faire croire que son frère avait enfin sacrifié aux idoles : mais il se moqua du juge menteur et lui dit que Félicien était, en prison, heureux comme en Paradis. Cette réponse lui valut des coups de bâtons et le supplice des torches ardentes : "Grâces soient à Vous, ô Jésus-Christ, puisque, dans mes tourments, je ne ressens aucune douleur." Livrés ensuite aux lions et aux ours, les deux frères les virent venir se coucher à leurs pieds. Enfin le tyran leur fit trancher la tête.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Sainte Marguerite
  10 juin : Sainte Marguerite, Reine d'Écosse (1046-1093)

Sainte Marguerite était nièce de saint Étienne de Hongrie. Elle vint au monde en 1046, et montra bientôt de merveilleuses dispositions pour la vertu ; la modestie rehaussait sa rare beauté, et dès son enfance elle se signalait par son dévouement aux malheureux, qui lui mérita dans la suite le nom de mère des orphelins et de trésorière des pauvres de Jésus-Christ.

Forcée de chercher un asile en Écosse, elle donna l'exemple d'une sainteté courageuse dans les épreuves, si bien que le roi Malcolm III, plein d'estime pour elle et épris des charmes de sa beauté, lui offrit sa main et son trône. Marguerite y consentit, moins par inclination que dans l'espoir de servir à propager le règne de Jésus-Christ. Elle avait alors environ vingt-trois ans (1070).
Son premier apostolat s'exerça envers son mari, dont elle adoucit les mœurs par ses attentions délicates, par sa patience et sa douceur. Convertir un roi, c'est convertir un royaume ; aussi l'Écosse entière se ressentit de la conversion de son roi : la cour, le clergé, le peuple furent bientôt transformés.

Marguerite, apôtre de son mari, fut aussi l'apôtre de sa famille. Dieu lui donna huit enfants, qui firent tous honneur à la vertu de leur pieuse mère et à la valeur de leur père. Dès le berceau elle leur inspirait l'amour de Dieu, le mépris des vanités terrestres et l'horreur du péché.

L'amour des pauvres, qui avait brillé dans Marguerite enfant, ne fit que s'accroître dans le cœur de la reine : ce fut peut-être, de toutes les vertus de notre sainte, la plus remarquable. Pour les soulager, elle n'employait pas seulement ses richesses, elle se dépensait tout entière : "La main des pauvres, aimait-elle à dire, est la garantie des trésors royaux : c'est un coffre-fort que les voleurs les plus habiles ne sauraient forcer." Aussi se fit-elle plus pauvre que les pauvres eux-mêmes qui lui tendaient la main ; car elle ne se privait pas seulement du superflu, mais du nécessaire, pour leur éviter des privations.
Quand elle sortait de son palais, elle était toujours environnée de pauvres, de veuves et d'orphelins, qui se pressaient sur ses pas. Avant de se mettre à table, elle servait toujours de ses mains neuf petites orphelines et vingt-quatre vieillards ; l'on vit même parfois entrer ensemble dans le palais jusqu'à trois cents pauvres. Malcolm se faisait un plaisir de s'associer à sa sainte épouse pour servir les pauvres à genoux, par respect pour Notre-Seigneur, dont ils sont les membres souffrants. La mort de Marguerite jeta le deuil dans tout le royaume.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Barnabé
  11 juin : Saint Barnabé, Apôtre (Ier siècle)

Saint Barnabé est qualifié du nom d'Apôtre, quoiqu'il ne fût pas du nombre des douze que Jésus avait choisis ; on lui a donné ce titre glorieux parce que le Saint-Esprit l'avait appelé d'une manière toute spéciale et qu'il eut une grande part, de concert avec les Apôtres, dans l'établissement du christianisme.

Il était Juif, de la tribu de Lévi, et natif de l'île de Chypre ; son nom de Joseph lui fut changé par les Apôtres contre celui de Barnabé, qui signifie fils de consolation. Il avait été ami d'enfance de Saint Paul et c'est lui qui, après l'étonnante conversion de cet Apôtre, le présenta à Pierre, le chef de l'Église.

La première mission de Barnabé fut d'aller diriger l'Église d'Antioche, où la foi prenait de grands accroissements ; il vit tant de bien à faire, qu'il appela Paul à son secours, et les efforts des deux Apôtres réunis opérèrent des merveilles. Sur l'inspiration de l'Esprit-Saint, le Prince des Apôtres leur donne l'onction épiscopale, et ils s'élancent, au souffle d'en haut, vers les peuples gentils, pour les convertir. Salamine, Lystre, la Lycaonie et d'autres pays encore, entendent leur parole éloquente, sont témoins de leurs miracles et, sous leurs pas, la foi se répand avec une rapidité prodigieuse. Paul et Barnabé se séparent ensuite, pour donner plus d'extension à leur ministère.

L'île de Chypre, d'où il est originaire, était particulièrement chère à Barnabé ; c'est là qu'il devait sceller de son sang la foi qu'il avait prêchée.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Jean de Saint-Facond
  12 juin : Saint Jean de Saint-Facond, Religieux Augustin (1430-1479)

Saint Jean naquit à Sahagun ou Saint-Facond, en Espagne ; sa naissance fut le fruit des prières de ses pieux et illustres parents, qui l'obtinrent miraculeusement de la très Sainte Vierge après de longues années de mariage. On ne trouve rien d'imparfait dans la vie de cet admirable enfant, qui, dès les premières années, montre la maturité d'un homme et fait présager toutes les vertus d'un grand Saint.
Après de fortes études, Jean, ordonné prêtre, fut nommé chanoine de la cathédrale de Burgos, où son mérite commença à briller d'une manière éclatante. Il distribuait aux pauvres ses riches revenus, vivait lui-même dans la pauvreté, et consacrait tout son temps à la prière, à l'étude et au soin des malheureux, qu'il faisait souvent asseoir à sa table et servait de ses propres mains.

À la mort de ses parents, le pieux chanoine abandonna ses immenses richesses pour en doter ses soeurs et en soulager ses frères, les pauvres ; puis il alla se jeter aux pieds de son évêque et lui demanda en grâce de se démettre de son riche bénéfice pour desservir une pauvre chapellenie. Le pieux pontife n'y consentit qu'avec peine. Dès lors Jean se fait pauvre, il prêche la paix dans un temps de guerre civile, brave la fureur et les coups des ennemis qui s'entretuent, parle des châtiments éternels et fait rentrer en eux-mêmes les plus endurcis.

Dans une maladie douloureuse qui le conduit aux portes du tombeau, il promet, s'il survit à la cruelle opération qu'il doit subir, de se faire religieux, et sa prière est exaucée. La première fois qu'il sort ensuite, un pauvre presque nu lui demande l'aumône ; Jean hésite s'il doit lui donner sa meilleure ou sa moins bonne tunique ; puis, se ravisant : "Quoi ! se dit-il, donner au Seigneur ce que j'ai de moins bon !" Et il donna la meilleure. La nuit suivante, Jésus lui apparut revêtu de cette tunique et lui dit : "C'est Jean qui M'a revêtu de cet habit." Douce récompense d'une belle action. Cependant Jean songe à sa promesse et choisit l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin.
Parmi toutes ses vertus, il convient de remarquer sa dévotion extraordinaire envers la Sainte Eucharistie. Il faisait de chacune de ses actions une préparation à la Sainte Messe ; il restait en prière devant le Saint-Sacrement depuis Matines jusqu'au lever du jour ; souvent Jésus-Christ lui apparaissait quand il offrait le Saint Sacrifice.

Sa hardiesse apostolique fut soutenue par de nombreux miracles. Il mourut empoisonné par une femme de mauvaise vie, martyr de son apostolat.

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Saint Antoine de Padoue

Saint Antoine de Padoue
  13 juin : Saint Antoine de Padoue, Religieux de Saint-François (1195-1231)

Saint Antoine était né à Lisbonne, en 1195, de la famille glorieuse de Godefroy de Bouillon premier roi de Jérusalem, dont une branche s'était implantée en Portugal.

A quinze ans, il entra dans l'Ordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin. Un jour qu'il était retenu à l'infirmerie du couvent par les devoirs de sa charge, il eut, au moment de l'élévation de la Messe, un ardent désir de voir le Sauveur, et il se mit à genoux : ô merveille ! Les murs de l'église s'entr'ouvrent et lui laissent voir l'autel, où il adore ravi, la sainte Victime.

Cependant Antoine était appelé de Dieu à devenir disciple de Saint François ; il sentit le premier appel à la vue de cinq religieux franciscains s'embarquant pour les missions d'Afrique ; l'appel fut définitif, quand, quelques mois plus tard, les reliques de ces cinq religieux, devenus martyrs de la foi, furent apportées providentiellement au monastère où il vivait. Antoine se sentit dès lors irrésistiblement entraîné vers un Ordre où il pourrait donner son sang pour Jésus-Christ. Il arriva en Italie avant la mort de Saint François.

Placé à la cuisine d'un couvent, il fut un jour appelé par son supérieur pour prêcher, sans préparation, à la communauté. Il commença simplement ; mais bientôt il s'éleva à une telle hauteur de doctrine et d'éloquence, qu'il émerveilla toute l'assemblée. L'Esprit-Saint, qui transforma les Apôtres, avait rempli l'humble Antoine. Dès lors il occupe les grandes charges de l'Ordre, il évangélise les villes et les campagnes, enseigne dans les universités de Montpellier, de Toulouse, de Bologne et de Padoue. Par ses prédications accompagnées de prodiges, il mérite le surnom de Marteau des hérétiques. Parmi les innombrables miracles de ce grand Thaumaturge, remarquons ceux qui suivent :

- Son père avait été injustement condamné à mort, à Lisbonne, pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. L'esprit de Dieu transporta Antoine en son pays natal ; il alla tirer le mort de sa tombe et lui fit proclamer l'innocence de l'accusé. A la même heure, Antoine, de retour à Padoue, se rendait à l'office où la cloche appelait les religieux.

- Une autre fois, prêchant sur le bord de la mer, il vit venir une multitude de poissons pour l'entendre, et donner une leçon aux hérétiques qui se bouchaient les oreilles ; ils ne partirent qu'après s'être inclinés sous sa bénédiction.

Saint Antoine est célèbre par l'apparition de l'Enfant Jésus, qui vint un jour Se mettre entre ses bras. On l'invoque avec succès pour retrouver les objets perdus.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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deuxième apparition de Fatima
  13 juin : Deuxième apparition de Fatima, au Portgual en 1917

Les enfants accompagnés de plusieurs centaines de fidèles sont au rendez-vous. C’est ainsi, qu’après la prière collective, l’Immaculée Conception se présente à nouveau et annonce à Lucie :

"J’emmènerai bientôt François et Jacinthe au ciel, mais toi tu resteras encore ici quelque temps, Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé."

Elle demande aussi à la jeune Lucie d’apprendre à lire et écrire afin de mieux rapporter sa parole auprès des hommes et surtout que Dieu veut établir dans le monde la dévotion à son Cœur Immaculé.

Notre Dame précise à Lucie :

Au cours de l’apparition du 13 juillet 1917, Notre-Dame parle pour la première fois des premiers samedis du mois en révélant aux petits voyants : "Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois."

Notons que la Sainte Vierge parle des premiers samedis du mois de façon générale, sans en préciser le nombre. Ce n’est que le 10 décembre 1925 à Pontevedra qu’elle le fait. Voici les paroles de Notre-Dame que Sœur Lucie entend ce jour-là (tirées d’une lettre à son confesseur, le père Aparicio) :

"Vois, ma fille, mon Cœur entouré des épines que les hommes m’enfoncent à chaque instant, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui,

– pendant cinq mois, le premier samedi,
– se confesseront,
– recevront la sainte Communion,
– réciteront un chapelet
– et me tiendront compagnie pendant quinze minutes, en méditant sur les quinze mystères du Rosaire
– en esprit de réparation,

je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme."

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Saint Basile le Grand

Saint Basile le Grand
  14 juin : Saint Basile le Grand, Docteur de l'Église (329-379)

Le quaternaire sacré des Docteurs qui font la gloire de l’Église grecque, se complète aujourd’hui sur le Cycle. Jean Chrysostome, le premier, parut au ciel dans les jours de l’enfance du Sauveur ; la glorieuse Pâque vit se lever, comme deux astres radieux, Athanase et Grégoire de Nazianze ; Basile le Grand réservait ses rayons pour illustrer les temps du règne de l’Esprit-Saint. Une telle place lui fut méritée par les grands combats, où sa doctrine éminente prépara le triomphe du Paraclet sur les blasphèmes d’une secte impie. Macédonius reprenait contre la troisième personne de l’auguste et consubstantielle Trinité les arguments de l’arianisme expirant ; il déniait au Saint-Esprit la divinité qu’Arius son chef avait vainement prétendu enlever au Verbe. Le concile de Constantinople, achevant l’œuvre du concile de Nicée, formula la foi des Églises en Celui qui procède du Père non moins que le Verbe lui-même, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils. Basile n’assistait pas à la victoire ; prématurément épuisé d’austérités et de travaux, il reposait dans la paix depuis deux ans déjà, quand la définition fut rendue. Mais son enseignement inspirait l’assemblée conciliaire ; il demeure comme l’expression splendide de la tradition sur cet Esprit de Dieu, aimant universel vers qui se précipite tout ce qui aspire à la sainteté, souffle puissant soulevant les âmes, perfection de toute chose. (...)

L’action du Paraclet dépasse la puissance de toute créature ; en rappelant ainsi les opérations de l’Esprit d’amour, l’évêque de Césarée voulait amener ses adversaires à confesser d’eux-mêmes Sa divinité. D’autre part, qui ne reconnaîtrait à cette exposition chaleureuse de la doctrine, non seulement l’invincible théologien vengeur du dogme, mais encore le guide exercé des âmes, l’ascète sublime chargé par Dieu de mettre à la portée de tous les merveilles de sainteté qu’Antoine et Pacôme avaient fait éclore au désert ?

Comme l’abeille butinant parmi les fleurs évite les épines et sait se garder des sucs dangereux, nombreux sur sa route, ainsi Basile en son adolescence avait traversé les écoles de Constantinople et d’Athènes sans se souiller à leurs poisons ; selon le conseil qu’il adressait plus tard aux jeunes gens dans un célèbre discours, sa vive intelligence, restée pure des passions où s’étiolent pour tant d’autres les plus beaux dons, avait su néanmoins dérober aux rhéteurs et aux poètes tout ce qui pouvait, en l’ornant, la développer encore et la discipliner pour les luttes de la vie. Le monde souriait au jeune orateur, dont la diction si pure et la persuasive éloquence rappelaient le beau temps de la Grèce littéraire ; mais les plus nobles gloires que le monde puisse offrir, restaient au-dessous de l’ambition dont son âme s’était éprise à la lecture des Écritures sacrées. La lutte de la vie se présentait à ses yeux comme un combat pour la vérité. Mais c’est en lui que devait triompher d’abord cette divine vérité, par la défaite de la nature et la victoire de l’Esprit-Saint créant l’homme nouveau. Sans donc se soucier de connaître avant l’heure si l’Esprit se réserve de remporter par lui d’autres triomphes, sans voir les multitudes qui bientôt s’attacheront à sa suite et réclameront ses lois, il vient demander aux solitudes du Pont l’oubli des hommes et la sainteté. La vue des misères de son temps ne le fait point tomber dans la faute si commune de nos jours, et qui consiste à vouloir se dévouer pour les autres avant d’avoir soi-même réglé son âme. Tel n’est point l’ordre de la charité, reine des vertus ; telle n’est point la conduite des saints. C’est toi-même que Dieu veut de toi tout d’abord ; quand tu seras à lui dans la mesure qu’il l’entend, il saura bien te donner aux autres, s’il ne préfère, à ton grand avantage, te garder pour lui seul. Mais il n’aime point, il bénit peu les utilités hâtives qui s’imposent de la sorte à sa providence. Antoine de Padoue le montrait hier ; la leçon nous revient aujourd’hui : ce qui importe à l’extension de la gloire du Seigneur n’est point le temps donné aux œuvres, mais la sainteté de l’ouvrier.

Selon une coutume fréquente en ce siècle où l’on craignait d’exposer la grâce du baptême à de tristes naufrages, Basile était resté simple catéchumène jusqu’aux derniers temps de son adolescence. Sa vie de baptisé compte treize années de vie monastique, et neuf ans d’épiscopat. A cinquante ans il meurt ; mais, loin de finir avec lui, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint son œuvre apparaît plus féconde et s’en va grandissant dans la suite des âges.

Humble moine, sur les bords de l’Iris où l’avaient précédé sa mère et sa sœur, il était venu sauver son âme du jugement de Dieu, s’exercer à courir généreusement dans la voie qui conduit aux éternelles récompenses. D’autres ensuite l’ayant prié de les former eux-mêmes à la milice du Christ roi dans la simplicité de la foi et des Écritures, notre saint ne voulut point pour eux de la vie des ascètes solitaires, trop isolée pour n’être pas dangereuse au grand nombre ; mais il préféra joindre à la bienheureuse contemplation de ces derniers le complément et le rempart de la vie commune, où s’exercent la charité et l’humilité sous la conduite d’un chef se regardant lui-même comme serviteur de tous. Encore n’admettait-il personne en ses monastères, sans une épreuve sérieuse et prolongée, suivie du solennel engagement de persévérer dans cette vie nouvelle.

Au souvenir de ce qu’il avait admiré chez les solitaires d’Égypte et de Syrie, Basile se comparait, lui et ses disciples, à des enfants qui cherchent dans leur petite mesure à imiter les forts, aux commençants restés aux prises avec les premiers éléments et à peine introduits sur la route de la piété. Cependant le temps vient où ces géants de la solitude, où les législateurs du désert verront leurs héroïques coutumes et leurs codes monastiques céder la place aux discours familiers, aux réponses sans apprêt que Basile adressait à ses moines pour résoudre leurs difficultés et les former à la pratique des divins conseils. Bientôt l’Orient tout entier s’est rangé sous sa Règle. En Occident, Benoît l’appelle son père. Pépinière féconde de saints moines et de vierges, d’évêques, de docteurs et de martyrs, son Ordre a peuplé les cieux ; il fut longtemps pour Byzance le boulevard de la foi ; jusque en nos jours, sous la sauvage persécution du tout-puissant tsar des Russies, malgré les désastres du schisme, on a vu ses tronçons fidèles donner sans compter à l’Église mère le témoignage du sang et de la souffrance.

Noble descendance, couronne de Basile au ciel ! Mais combien aussi rejaillit sur les enfants la gloire personnelle du père ! Petit-fils des martyrs, fils et frère de six saints ou saintes, lui-même était bien le noble rejeton d’une souche glorieuse entre toutes. Il compte, lui septième, au catalogue des bienheureux, comme le plus illustre membre de cette race qu’avait élevée dans l’indomptable amour du Christ Dieu Macrine l’ancienne, revenue des forêts où sans abri, sept années durant, elle avait enduré, sous la persécution de Maximin, la faim et les frimas. Saluons ici la femme forte à qui l’Église doit en toute vérité la grandeur de Basile. Échappée aux bourreaux, miraculeusement soutenue durant son terrible exil, Dieu l’avait gardée pour infuser dans l’âme de son petit-fils la foi ferme et pure qu’elle tenait de Grégoire le Thaumaturge. Tel était, jusque dans le tombeau, l’ascendant que la vaillante orthodoxie de cette femme avait conservé sur les peuples, qu’on verra, dans les afflictions de ses dernières années, Basile l’évêque, le docteur, le patriarche des moines, en appeler, comme garantie de sa propre foi devant l’Église de Dieu, à l’éducation qu’il avait reçue tout enfant de sa vénérable aïeule.

C’est qu’en effet on était arrivé à l’un de ces temps douloureux, temps d’exception, pleins de naufrages et d’angoisses, où l’obscurité, mal suprême des intelligences, prévaut jusque sur les fils de lumière ; où de trop nombreuses défaillances se produisant parmi les chefs du troupeau sur le terrain des croyances essentielles ou de l’union au successeur de Pierre, les peuples inquiets se retournent vers les saints qui sont dans leurs rangs, pour retrouver quelque assurance en marchant après eux dans la nuit que ne savent plus dissiper les pasteurs. On venait de traverser les années lamentables, où la perfidie de quelques évêques et la faiblesse de presque tous avaient souscrit la condamnation de la foi de Nicée ; où, selon le mot de Saint Jérôme, l’univers gémissant s’étonna d’être arien. Basile, à coup sûr, n’était point de ces pasteurs perfides, insuffisants ou lâches, qui n’éclairent pas le troupeau confié à leurs soins : sentinelles qui ne voient plus, chiens muets qui ne savent ou ne peuvent aboyer. Dans l’année même où se tint la fatale assemblée de Rimini, on l’avait vu, simple lecteur encore, se séparer de son évêque engagé dans les filets des ariens, et donner ainsi aux fidèles l’exemple qu’ils avaient à suivre, en même temps que le signal du danger. Plus tard, évêque à son tour, sollicité d’accorder pour le bien de la paix quelque trêve aux ariens, supplié, menacé vainement de confiscation, de mort ou d’exil, on avait entendu sa fière réplique au préfet Modestus s’exclamant que personne ne lui avait jamais parlé avec une telle liberté : "C’est qu’apparemment, répondit Basile, vous n’avez jamais rencontré un évêque." Mais sa grande âme, qui ne soupçonnait point la duplicité, s’était laissée prendre un jour aux apparentes austérités d’un faux moine, d’un évêque hypocrite, Eustathe de Sébaste, dont la fourberie retint longtemps captive l’amitié de Basile, ignorante de ses trahisons : faute inconsciente, que Dieu permit pour augmenter encore la sainteté de son serviteur ; car elle devait remplir la fin de sa vie d’amertume, et lui valut la plus dure épreuve qui pût l’atteindre, en attirant sur sa foi la défiance de plusieurs.

Basile en appela de la calomnie au jugement de ses frères les évêques ; mais il ne dédaigna point de se justifier lui-même près du peuple fidèle. Car il savait que le premier trésor d’une église est la sûreté de la foi du pasteur et sa plénitude de doctrine. Le chef des grands combats de la première moitié de ce siècle, le vainqueur d’Arius et de l’empereur Constance, Athanase n’était plus ; il venait de rejoindre dans le repos bien mérité de la vraie patrie ses vaillants compagnons, Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers. Dans la confusion qu’avait ramenée sur l’Orient la persécution de Valens, les saints mêmes ne savaient plus tenir tête à l’orage ; on les voyait passer de l’effacement d’une prudence excessive aux démarches fausses d’un zèle indiscret. Basile seul était de taille à porter la tempête. Son noble cœur, froissé dans ses sentiments les plus délicats, avait épuisé la lie du calice ; mais, fortifié par le divin agonisant de Gethsémani, l’épreuve ne l’abattit pas. L’âme brisée, le corps anéanti par la recrudescence d’infirmités de vieille date, mourant déjà, il se roidit contre la mort et fit face aux flots en furie. Du navire en détresse auquel il comparait l’Église d’Orient heurtée dans la nuit à tous les écueils, s’élevèrent pressants ses appels à l’heureux Occident assis dans la paix de son indéfectible lumière, à cette Rome de qui seule le salut pouvait venir, et dont la sage lenteur en vint à le désespérer presque un jour. En attendant l’intervention du successeur de Pierre, il modérait près de lui les ardeurs intempestives, n’exigeant des faibles dans la foi que l’indispensable ; comme, dans une autre circonstance, il avait dû reprendre sévèrement Grégoire de Nysse son frère, dont la simplicité se laissait entraîner par amour de la paix à des mesures inconsidérées.

La paix, Basile la désirait plus que personne. Mais cette paix pour laquelle il eût donné sa vie, c’était, disait-il, la vraie paix laissée par le Seigneur à son Église. Ses exigences sur le terrain de la foi ne provenaient que de son amour pour cette paix véritable. C’était pour elle, déclarait-il encore, qu’il refusait d’entrer en communion avec ces hommes de juste milieu qui ne redoutent rien tant que la claire et simple expression du dogme ; leurs insaisissables faux-fuyants, leurs formules captieuses, ne sont à ses yeux que le fait d’hypocrites avec lesquels il refuse de marcher à l’autel de Dieu. Quant à ceux qui ne sont qu’égarés, "qu’on leur propose en toute tendresse et charité la foi des Pères : s’ils donnent à cette foi leur assentiment, recevons-les dans notre société ; autrement demeurons entre nous, sans regarder au nombre, écartant ces âmes équivoques qui n’ont rien de la simplicité sans dol, caractère de quiconque au commencement de l’Évangile accédait à la foi. Les croyants, est-il dit, n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Pour ceux-là donc qui nous reprochent de ne point vouloir d’apaisement, qu’on les corrige, et ce sera parfait ; sinon, qu’on reconnaisse où sont les auteurs de la guerre, et qu’on ne nous parle plus de réconciliation."

"A toutes les raisons, dit-il ailleurs, qui sembleraient nous conseiller le silence, nous opposons la charité qui ne tient compte ni de son propre intérêt, ni de la difficulté des temps. Lors même que personne ne nous imiterait, en devons-nous moins quant à nous faire notre devoir ? Dans la fournaise, les enfants de Babylone chantaient au Seigneur, sans calculer la multitude de ceux qui laissaient de côté la vérité : ils se suffisaient à eux-mêmes, trois qu’ils étaient."

Et à ses moines, traqués par un gouvernement qui se défendait d’être persécuteur, il écrivait : "Beaucoup d’honnêtes gens, tout en trouvant qu’on vous poursuit sans justice, n’estiment point à confession les souffrances que vous endurez pour la vérité ; mais il n’est pas nécessaire d’être païen pour faire des martyrs. Nos ennemis du jour ne nous détestent pas moins que ne faisaient les adorateurs des idoles ; s’ils trompent la multitude sur le motif de leur haine, c’est afin de vous enlever, croient-ils, la gloire dont on entourait les anciens confesseurs. Mais soyez-en convaincus : devant le juste juge, votre confession n’en subsiste pas moins. Ayez donc bon courage ; sous la tourmente renouvelez-vous dans l’amour ; ajoutez chaque jour à votre zèle, sachant qu’en vous doivent se conserver les restes de la piété que le Seigneur à son avènement trouvera sur la terre. Ne vous troublez pas des trahisons, d’où qu’elles viennent : ce furent les princes des prêtres, les scribes et les anciens, qui dressèrent les embûches où notre Maître voulut succomber. N’ayez égard aux pensées de la foule, que le moindre souffle agite en divers sens comme l’eau des mers. N’y en eût-il qu’un seul à faire son salut comme Loth à Sodome, il ne doit pas dévier de la rectitude parce que lui seul a raison, mais maintenir immuable son espérance en Jésus-Christ."

Lui-même, de son lit de souffrances, donnait l’exemple à tous. Mais quelles n’étaient pas les angoisses de son âme, en constatant le peu de correspondance à ses efforts qu’il trouvait dans les chefs des diocèses ! Il s’étonnait douloureusement à la vue de ces hommes dont l’ambition n’était pas éteinte par l’état lamentable des églises ; n’écoutant que leurs susceptibilités jalouses, lorsque déjà le vaisseau coulait bas, ils se disputaient à qui commanderait sur ce navire en perdition. D’autres, et des meilleurs, se tenaient à l’écart, espérant se faire oublier dans le silence de leur inertie, ne comprenant pas que, lorsque les intérêts généraux sont engagés, ce n’est point un éloignement égoïste de la lutte qui sauve les particuliers ou les absout du crime de trahison. Un jour, et il est curieux d’entendre notre saint raconter le fait à son ami Eusèbe de Samosate, le futur martyr, un jour se répandit le bruit de la mort de Basile ; tous ces évêques aussitôt d’accourir à Césarée pour lui donner un successeur. "Mais, dit Basile, comme il plut à Dieu qu’ils me trouvassent vivant, je les prêchai d’importance. Peine inutile malheureusement ! Moi présent, ils me craignent et promettent tout ; à peine retirés, ils se retrouvent les mêmes." Cependant la persécution grandissait sans cesse, et pour tous arrivait tôt ou tard le moment de choisir entre l’hérésie flagrante ou le bannissement. Plusieurs alors consommaient leur apostasie ; d’autres, ouvrant enfin les yeux, prenaient la route de l’exil, où ils pouvaient méditer à loisir sur les avantages de leur politique d’effacement, et, ce qui valait mieux, réparer leur faiblesse passée par l’héroïsme avec lequel ils souffraient désormais pour la foi.

La vertu de Basile en imposait aux persécuteurs, et Dieu le gardait par des prodiges, si bien que lui, qui s’était exposé plus que personne au danger, restait presque seul à la tête de son Église. Il en profita pour faire jouir cette Église fortunée des bienfaits d’un enseignement et d’une administration, dont les résultats merveilleux eussent semblé réclamer tous l’exclusive attention d’un évêque et la paix la plus grande. Césarée le payait de retour. Sa parole excitait une telle avidité dans toutes les classes du peuple, que le troupeau ne pouvait se passer du pasteur et qu’on l’attendait des journées entières dans les églises où il devait prêcher ; lui-même, un jour qu’exténué, l’ardeur de son insatiable auditoire ne lui permettait pas le repos, se compare à la mère épuisée qui ne laisse pas de donner le sein à son enfant, moins pour le nourrir que pour apaiser ses cris. Quelle délicieuse entente dans ces réunions ! Lorsque l’orateur laissait inexpliqué par mégarde un verset de l’Écriture, les signes discrets, les muettes réclamations des fils rappelaient au père le passage dont on prétendait bien ne pas lui faire grâce ; Basile alors se répandait en excuses charmantes et s’exécutait, mais il était fier de son peuple. Expliquant parmi les merveilles de l’œuvre des six jours les splendeurs du vaste Océan, il s’arrête, et, promenant sur la multitude rangée autour de sa chaire un regard d’ineffable complaisance : "Si la mer est belle et digne de louange devant Dieu, reprend-il, combien plus belle n’est pas cette immense assemblée ! où, mieux que les ondes venant mourir au rivage, la voix mêlée des hommes, des femmes et des enfants porte jusqu’à Dieu nos prières ; calme océan, gardant la paix dans ses profondeurs, parce que le souffle mauvais de l’hérésie reste impuissant à soulever ses flots."

Heureux peuple, formé par Basile à l’intelligence des Écritures, des Psaumes surtout, dont il sut inspirer aux fidèles un si grand amour, que tous contractèrent l’habitude de se rendre la nuit à la maison de Dieu, pour y répandre leur âme dans une prière commune et la solennelle louange de la psalmodie alternative ! Cette communauté de la prière était un des fruits de son ministère que Basile, en véritable moine, estimait le plus ; l’importance qu’il y attachait fit de lui l’un des principaux Pères de la Liturgie grecque. "Ne me parlez pas, s’écriait-il, de maisons privées, d’assemblées particulières. Adorez le Seigneur en sa cour sainte, dit le Psalmiste ; l’adoration requise ici est celle qui se fait, non pas en dehors de l’église, mais à la cour, à l’unique cour de Dieu."

Le temps nous manque pour suivre notre saint dans les détails de cette grande et vraie vie de famille avec tout un peuple, qui fit la consolation de son existence par delà si orageuse. Il faudrait le montrer se faisant tout à tous dans les douleurs et la joie, avec cette simplicité qui s’alliait si bien chez lui à la grandeur ; répondant aux plus humbles consultations, comme s’il n’eût pas eu d’occupation plus urgente que de satisfaire le moindre de ses fils ; réclamant, jusqu’à pleine satisfaction, contre toute injustice atteignant l’un des siens ; et enfin, avec l’appui de sa fidèle Césarée soulevée tout entière pour la défense de son évêque, faisant de sa personne un infranchissable rempart aux vierges et aux veuves contre les brutales poursuites des puissants. Pauvre et dénué de tout, depuis qu’en embrassant la vie monastique il a distribué aux pauvres les grands biens qu’il tenait de sa famille, il n’en trouve pas moins le secret d’élever dans sa ville épiscopale un établissement immense, refuge assuré des pèlerins et des pauvres, asile ouvert dans un ordre parfait à toutes les souffrances, à tous les besoins des divers âges : véritable cité nouvelle à côté de la grande ville, et que la reconnaissance des peuples appela du nom de son fondateur. Prêt à la fois pour toutes les luttes, on le vit maintenir intrépidement les droits d’exarchat que possédait son siège sur les onze provinces composant la vaste division administrative, connue par les Romains d’alors sous le nom générique de diocèse du Pont. Infatigable zélateur des saints canons, en même temps qu’il défendait ses clercs contre les atteintes portées à leurs immunités, il réforma les abus qui s’étaient introduits en des temps moins troublés que les siens ; et sous l’effort même de la tempête, il sut ramener la discipline sacrée à l’exacte perfection des plus beaux jours.

Cependant le temps vint où les intérêts majeurs de la foi, qui semblaient avoir suspendu pour son corps épuisé la loi de toute chair, ne réclamèrent plus aussi impérieusement sa présence. Le 9 août 378, la flèche des Goths faisait justice de Valens ; bientôt l’édit de Gratien rappelait d’exil les confesseurs, et Théodose paraissait en Orient. Dès le 1er janvier 379, libre enfin, Basile s’endormait dans le Seigneur.

L’Église grecque fête la mémoire du grand évêque une première fois le jour même de cette mort, conjointement avec la Circoncision du Verbe fait chair ; le 3 du même mois elle l’unit dans une nouvelle solennité à ses deux autres Docteurs, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome, accumulant les magnificences de sa Liturgie pour chanter dignement ce trentième jour de janvier, qu’un triple soleil illumine ainsi de ses splendeurs concordantes à la gloire de la Trinité sainte.

L’Église latine a choisi, pour célébrer Basile, la date du 14 juin comme étant celle de son ordination.

L'année liturgique, dom Guéranger

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Sainte Germaine Cousin
  15 juin : Sainte Germaine Cousin, Vierge, Bergère (1579-1601)

Germaine Cousin naquit à Pribrac, non loin de Toulouse. Sa courte vie de vingt-deux ans est une merveille de la grâce. Fille d'un pauvre laboureur, percluse de la main droite, scrofuleuse, elle fut, pour comble de malheur, privée de sa mère, à peine sortie du berceau. La petite orpheline devint l'objet de la haine et du mépris d'une belle-mère acariâtre et sans cœur ; la douleur, née avec elle, devait être sa compagne jusqu'à la mort. Cette pauvre ignorante fut instruite par Dieu même dans la science de la prière.

Bergère des troupeaux de la famille, elle passait son temps en conversations avec le Ciel ; le chapelet était son seul livre ; la Sainte Vierge était sa Mère, les Anges ses amis, l'Eucharistie sa vie. Souvent on la vit agenouillée dans la neige, traversant à pied sec le ruisseau voisin sans se mouiller, pour se rendre à l'église, où elle assistait chaque jour au Saint Sacrifice et communiait souvent, pendant que ses brebis paissaient tranquilles autour de sa quenouille plantée en terre. Charitable pour les pauvres, elle leur donnait son pauvre pain noir, ne vivant guère que de l'amour de Dieu ; et, un jour, le Ciel renouvela pour elle le miracle des roses devant les yeux de son impitoyable marâtre.

À sa mort, les Anges et les Vierges célestes chantèrent au-dessus de sa maison. Quarante ans plus tard, on trouva, comme par hasard, mais providentiellement, son corps intact avec un bouquet de fleurs fraîches, sous les dalles de l'église de sa paroisse. Elle est devenue une des grandes Thaumaturges et une des saintes les plus populaires de la France.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Bernard de Menthon
  15 juin : [Diocèse de Sion] Saint Bernard de Menthon, Confesseur

Bernard, fils unique de Richard, seigneur de Menthon en Savoie, naquit vers 996. Il fit ses études à Paris et alla se préparer aux saints ordres sous la direction de Pierre, archidiacre d'Aoste. Devenu prêtre, il prêcha l'Evangile dans les villages les moins accessibles des Alpes. Ému des dangers que couraient les pèlerins en traversant ces hautes montagnes, il fonda des hôpitaux pour recevoir et loger les voyageurs. Il en assura le service par des religieux sous le titre et la règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Bernard mourut dans le monastère de Saint-Laurent à Novare en Milanais vers 1081. Son corps repose dans l'église de Novare, son chef est vénéré à l'hospice de Mont-Joux qui a pris le nom de Grand-Saint-Bernard.

En 1923, Pie XI l'a déclaré Patron des alpinistes et amis des montagnes.

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Saint Jean-François Régis
  16 juin : Saint Jean-François Régis, Confesseur (1597-1640)

Saint Jean-François Régis fut l'un des plus illustres missionnaires de la Compagnie de Jésus et l'émule de Saint François-Xavier ; toutefois son apostolat ne s'exerça pas hors de France. Il était né apôtre ; il le fut dès le collège. C'est à la suite d'une maladie mortelle, dont il guérit contre tout espoir, qu'il résolut de se donner à Dieu.

Au noviciat des Jésuites de Toulouse, où il entra à dix-neuf ans, il se montra le modèle de tous, particulièrement dans les œuvres de zèle et de charité. Celui qu'on nommait autrefois l'Ange du collège était devenu l'Ange du noviciat.
Les succès de son premier ministère, à Tournon, furent magnifiques. Le dimanche, il parcourait les villages et les bourgs d'alentour, se faisant précéder d'une clochette ; il réunissait les enfants, leur enseignait le catéchisme et leur apprenait l'amour de Jésus-Christ. L'ivrognerie, les jurements, l'impureté régnaient en maîtres en certaines paroisses ; il les détruisit par l'énergie de sa parole et par la pratique des sacrements. C'est à ce jeune apôtre de vingt-deux ans que l'Église est redevable du premier germe de ces Confréries du Saint-Sacrement, destinées à faire tant de bien. Ce premier ministère n'était qu'un essai ; l'obéissance exigea de lui de nouvelles études.

Huit ans plus tard il est prêtre, armé pour la lutte ; une année de retraite achève sa préparation : désormais il n'a qu'un but, qu'une occupation, sauveur des âmes. Il commence par évangéliser Fontcouverte, sa paroisse natale, où l'ont appelé des affaires de famille : catéchismes, confessions, visites des pauvres, prédications, occupent ses jours ; ses œuvres humilient sa famille, on rougit de le voir porter sur son dos une paillasse à un malade ; mais les conversions qu'il opère sont sa réponse. On le voit rester à jeun jusqu'au soir au confessionnal. "Les personnes de qualité, disait-il, ne manqueront pas de confesseurs ; mon partage, ce sont les brebis abandonnées." Il disait au peuple : "Venez, mes chers enfants ; vous êtes mon trésor et les délices de mon cœur."

La carrière de Régis fut courte ; mais, en dix ans, que de travaux, que de sueurs, que de privations, que de courses, que de conversions, que de miracles ! Plusieurs fois il risqua sa vie pour sauver les âmes. Un jour, il se cassa la jambe dans les montagnes ; le lendemain, sans remède, elle était guérie.

Régis mourut au champ d'honneur pendant la mission de la Louvesc, où il a son tombeau toujours très vénéré.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Jean-François Régis
  17 juin : Saint Avit, Abbé de Micy († 530)

Saint Avit naquit au pays de Beauce, de deux humbles cultivateurs. Quand sa mère le mit au monde, sa chambre, comme une autre étable de Bethléem, fut inondée d'une céleste lumière, indice des grandes destinées de cet enfant. Jeune homme, il entra dans l'abbaye de Micy, appelée plus tard de Saint-Mesmin, près d'Orléans. Dès les premiers jours, il s'y fit le serviteur de tous, au point de passer près de certains de ses frères pour un idiot et un incapable.

Le saint abbé Mesmin ou Maximin sut discerner son mérite dans sa charité pour les pauvres, et lui donna la charge d'économe du couvent. Mais bientôt l'amour de la solitude l'emporte : il dépose, de nuit, ses clefs dans le lit de l'abbé endormi, et s'enfuit au fond d'une épaisse forêt, à cinq lieues du monastère. Là, il vivait dans un si parfait détachement du monde, dans une si grande union à Dieu, qu'il semblait un esprit plutôt qu'un homme.

À la mort de l'abbé Maximin, les religieux du couvent, qui avaient souvent ridiculisé le saint, furent les premiers à le choisir pour abbé. De temps en temps, Avit, toujours épris de la solitude, se retirait au plus épais de la forêt pour s'y retrouver seul quelques jours avec Dieu.

Il mourut l'an 530. Il guérit un grand nombre de malades, rendit la vue à un aveugle de naissance et ressuscita un de ses religieux.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Saint Ephrem
  18 juin : Saint Ephrem, Diacre et Docteur de l'Église (306-374)

Cette fête a été introduite dans le missel par Benoît XV, après que, dans une touchante encyclique, il eut orné Saint Ephrem de l’auréole des docteurs. À la vérité, cet illustre champion de l’orthodoxie en Syrie contre les trompeuses menées des Ariens, avait obtenu dès l’antiquité, surtout en Orient, la renommée de Maître de l’Église universelle ; et non seulement les Syriens, mais aussi les Byzantins, les Slaves, les Arméniens et les Coptes avaient accueilli, dans leurs livres liturgiques, les compositions mélodiques du célèbre diacre d’Édesse, appelé pour cela la cithare du Saint-Esprit.

À la gloire de Saint Ephrem manquait pourtant le dernier sceau que seule la Rome papale peut donner ; il vint enfin et y mit le comble. Benoît XV, en proclamant à la face du monde les mérites de Saint Ephrem, en cette année 1920 où se célébraient les fêtes centenaires de Saint Jérôme, compara entre eux ces deux grands personnages et fit remarquer que tous deux furent moines et vécurent en Syrie. Jérôme est, de peu, postérieur à Ephrem dont il célébra les mérites et la gloire. L’un comme l’autre firent des saintes Écritures l’objet de leurs études assidues, ils s’en nourrirent, jusqu’à les transformer en leur propre substance. Le prêtre de Bethléem et le diacre d’Édesse devinrent ainsi par leur science comme deux magnifiques flambeaux, destinés à illuminer, l’un l’Occident, et l’autre l’Orient.

Dès le XVIIème siècle, Rome chrétienne avait dédié à Saint Ephrem — et l’encyclique papale le rappelle — un oratoire, maintenant détruit, sur l’Esquilin. L’extension de la fête du célèbre diacre syrien à l’Église universelle a pour but de montrer aux Orientaux, et surtout aux dissidents, la vénération dont le pontificat romain entoure les gloires et les fastes catholiques de ces très anciennes Églises. D’autre part, voici que l’on comptera désormais des docteurs de l’Église à tous les degrés de la hiérarchie sacrée, puisque Benoît XV, en donnant à Saint Ephrem le titre de docteur, a résolu la controverse dont l’objet était de savoir si les diacres peuvent ou non atteindre ce suprême degré d’autorité et de magistère dans l’Église de Dieu. Jusqu’alors, seuls des évêques et des prêtres y avaient accédé.

La messe est tout entière du Commun des Docteurs ; seule la première collecte est propre : "Ô Dieu qui avez daigné illuminer votre Église par la doctrine et les mérites du bienheureux Ephrem ; nous vous demandons, par son intercession, que, par votre puissance, vous défendiez cette Église contre tout assaut de malice et d’erreur."

Vraiment, la lyre de l’Esprit Saint comme les Orientaux appellent Saint Ephrem, a de si grands et si nombreux mérites dans le domaine de la sainte liturgie, qu’il aurait peut-être été désirable que ceux-ci eussent été mis en relief dans la rédaction de sa messe, par exemple par quelque composition liturgique conforme au génie et au goût latin. Saint Ephrem a composé des poèmes admirables sur l’Immaculée Conception et la pureté de Marie, sur la primauté pontificale, sur les martyrs, sur l’efficacité du divin Sacrifice, sur les suffrages en faveur des défunts, etc. ; ces vers, associés au chant des vierges sacrées et à la musique, passionnèrent jadis les habitants d’Édesse, contemporains d’Ephrem, et les remplirent d’ardeur pour la défense de la foi de Nicée contre les Perses infidèles et contre les Ariens.

Dans le De viris illustribus Saint Jérôme témoigne qu’Ephrem, par ses œuvres : ad tantam claritatem venisse, ut post lectionem Scriplurarum, publice in quibusdam ecclesiis eius scripta recitarentur.

Liber Sacramentorum, Cardinal Schuster

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Saint Marc et Saint Marcellien
  18 juin : Saint Marc et Saint Marcellien, Martyrs († 286)

Marc et Marcellien étaient frères et issus d'une des premières familles de Rome. Ils furent convertis à la foi dès leur jeunesse. Arrêtés sous l'empereur Dioclétien, on les jeta dans une prison ; après quelques interrogatoires qui démontrèrent leur fermeté dans la foi, Chromace, préfet de la ville, les condamna à avoir la tête tranchée, après un délai de trente jours. Les deux frères furent alors transportés dans la maison de Nicostrate, greffier du préfet et leur gardien.

Tranquillin, leur père, Marcie, leur mère, leurs femmes et leurs jeunes enfants vinrent tour à tour se jeter à leurs pieds, les arroser de larmes, et leur adresser les paroles les plus capables de toucher leur cœur. Les généreux martyrs, attendris par ce spectacle si touchant, commençaient à joindre leurs larmes à celles de leurs parents, de leurs femmes et de leurs enfants, et il y avait à craindre que l'amour ne fît faillir ceux que les supplices avaient trouvés invincibles.

Saint Sébastien, capitaine de la première compagnie des gardes de l'empereur, toujours vigilant à soutenir le courage des martyrs, ne craignit pas de s'exposer lui-même à la mort en rappelant aux deux frères les saints enseignements de la foi, les espérances immortelles de l'autre vie, les châtiments des apostats. Ses paroles ranimèrent la générosité des deux martyrs ; elle opérèrent même un changement dans le cœur de tous ceux qui étaient présents.

Sébastien ayant rendu à Zoé, femme du greffier Nicostrate, l'usage de la parole, qu'elle avait perdu depuis six ans, ce changement devint une complète conversion. Zoé, Nicostrate, Tranquillin, Marcie, les épouses et les enfants des deux martyrs, bientôt le préfet Chromace lui-même, reçurent le saint baptême et versèrent leur sang pour la foi.

Quant à Marc et Marcellien, ils comparurent devant un nouveau juge, qui, après avoir employé inutilement toutes les flatteries et toutes les menaces pour les ébranler, les fit clouer à un poteau, où ils demeurèrent vingt-quatre heures, louant et bénissant Dieu. Après un jour et une nuit, encore pleins de vie et témoignant toujours la même joie et le même courage, ils furent percés à coups de lance.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Sainte Julienne de Falconiéri
  19 juin : Sainte Julienne de Falconiéri, Vierge (1270-1341)

Julienne, de l'illustre famille de Falconiéri, vint au monde à Florence, l'an 1270, de parents très avancés en âge. Elle fut initiée dès son berceau à la piété et à la vertu, si bien que Saint Alexis Falconiéri, de l'Ordre des Servites, disait à la mère ravie : "Ce n'est pas une fille, c'est un Ange que Dieu vous a donné ; Il la destine à de grandes choses."

Les journées de la sainte enfant se passaient presque entières en pieux exercices. Sa mère, y trouvant de l'excès, la grondait :

"Julienne, disait-elle, si tu n'apprends pas ce que doit savoir une maîtresse de maison, je ne pourrais pas te trouver un mari.
- Ne craignez rien, ma mère, répondait finalement Julienne ; quand le temps sera venu, la Sainte Vierge y pourvoira."

Le temps venu, Julienne refusa de se marier, et offrit à Dieu sa virginité.
Elle entra dans l'Ordre récemment fondé des Tertiaires Servites, où elle fit, sous la conduite de Saint Philippe Bénizi, les plus grands progrès dans la vertu. A trente-six ans, elle était élue supérieure générale, malgré les réclamations de son humilité. Dès les commencements de sa vie religieuse, sa vie était très austère.
Elle consacrait le lundi au soulagement des âmes du purgatoire, et accompagnait ses prières de rudes pénitences et de cruelles flagellations. Le mercredi et le vendredi, elle gardait un jeûne absolu, ne prenant d'autre nourriture que la Sainte Eucharistie. Le samedi, elle jeûnait au pain et à l'eau en l'honneur de la Très Sainte Vierge, et elle passait cette journée dans la compagnie de Marie, au pied de la Croix. Le vendredi, son âme était absorbée, souvent jusqu'à l'extase, dans la méditation de la passion du Sauveur.

Après sa mort, ses religieuses furent saisies d'émotion, en trouvant sur elle une ceinture de fer incrustée dans les chairs. Son divin Époux ne lui ménagea ni les tentations, ni les peines intérieures : "Seigneur, disait-elle un jour dans ses angoisses, que je souffre, s'il le faut, tous les tourments de l'enfer pendant toute l'éternité ; mais, de grâce, ne permettez pas que je Vous offense !"

Le plus beau triomphe de Julienne, ce fut sa mort. Gémissant de ne pouvoir communier, elle supplie qu'au moins on lui montre la Sainte Hostie, et, quand on lui a procuré ce bonheur, son audace d'amour va plus loin, elle prie qu'on place le corporal avec l'Hostie sur sa poitrine ; mais à peine son vœu est-il exaucé, que l'Hostie disparaît et que Julienne, transportée d'amour, rend le dernier soupir en disant : "Mon doux Jésus !"

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Sylvère
  20 juin : Saint Sylvère, Pape et Martyr († 538)

Sylvère succéda au Pape Agapet, l'an 536, à une époque fort difficile, où l'Église était troublée par les intrigues et les hérésies. À voir la manière dont s'était faite l'élection de Sylvère, favorisée, imposée même par Théodat, roi des Goths, on eût pu craindre que le nouvel élu ne répondît pas à la sainteté de la mission ; mais il en fut tout autrement.

Dieu fit paraître en ce moment la puissance infinie de Sa grâce et l'attention providentielle qu'Il prête au choix des souverains pasteurs de Son Église ; car Sylvère fit éclater tant de vertus, il montra une vigueur si grande pour les intérêts de la religion, que ni l'exil, ni la perte des biens, ni les tourments les plus cruels, ni la mort même, ne furent capables d'abattre son courage et de lui arracher une décision contraire à son devoir.
L'impératrice de Constantinople, Théodora, ayant voulu obtenir de lui le rétablissement, sur le siège patriarcal de cette ville, d'un hérétique déposé par le Pape son prédécesseur, Sylvère lui déclara qu'il ne le pouvait pas. Ce fut contre lui le signal de la persécution ; Théodora le fit saisir, dépouiller de ses ornements pontificaux et revêtir d'un habit monastique, et un antipape, nommé Vigile, fut proclamé à sa place.

Sylvère, envoyé en exil à Patare, en Asie, fut sans doute attristé de la grave situation de l'Église ; mais, d'autre part, il eut une joie extrême de souffrir pour la défense de la foi, et il semblait personnellement aussi heureux dans les épreuves de l'exil que dans les gloires du pontificat. L'évêque de Patare le reçut d'une manière fort honorable et prit hardiment sa défense à la cour de Constantinople ; il menaça le faible empereur Justinien des jugements de Dieu, s'il ne réparait le scandale : "Il y a plusieurs rois dans le monde, lui dit-il, mais il n'y a qu'un Pape dans l'univers." Ces paroles, dans la bouche d'un évêque d'Orient, montrent bien que la suprématie du siège de Rome était reconnue partout.

Justinien, trompé jusqu'alors, se rendit aux observations de l'évêque, et peu après, malgré l'impératrice, Sylvère revint en Italie ; mais bientôt de nouvelles intrigues le conduisirent dans l'île déserte de Pontia, où il subit un second exil plus rigoureux que le premier. Au bout d'un an, ce bon Pape mourut de faim et des autres misères de l'exil.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Louis de Gonzague

Saint Louis de Gonzague
  21 juin : Saint Louis de Gonzague, Jésuite, Confesseur (1568-1591)

Saint Louis de Gonzague naquit en l'an 1568, d'une famille princière d'Italie. Avant sa naissance, sa mère, en danger de mort, avait fait vœu de consacrer son enfant à Notre-Dame de Lorette, si elle obtenait une heureuse délivrance. Encore au berceau, s'il se présentait un pauvre, Louis pleurait jusqu'à ce qu'on lui eût fait l'aumône ; son visage respirait un tel air de vertu, que ceux qui le portaient dans leurs bras croyaient tenir un Ange.

À l'âge de cinq ans, il avait retenu et répété quelques paroles grossières qu'il avait entendues sortir de la bouche des soldats de son père, sans les comprendre ; il en fut repris et en montra tant d'horreur, qu'il pleura cette faute, la plus grande de sa vie, et qu'il en fit pénitence jusqu'à la mort. Le père de Louis, qui songeait à la fortune de son fils, l'envoya successivement chez plusieurs princes, en qualité de page ; mais Dieu, qui avait d'autres vues, voulait ainsi montrer ce jeune saint aux cours d'Europe, pour leur faire voir que la piété est de toutes les conditions, et l'innocence de tous les âges. Dans ces milieux mondains où il vivait comme n'y vivant pas, ses progrès dans la sainteté furent surprenants.

À huit ou neuf ans, il fit le vœu de virginité perpétuelle ; sa délicatesse était si angélique, que jamais il ne regarda une femme en face, pas même sa mère ; jamais il ne permit à son valet de chambre de l'aider à s'habiller, et sa pudeur était si grande, qu'il n'osa même pas lui laisser voir le bout de ses pieds nus. Vers l'âge de onze ans, il fit sa Première Communion des mains de Saint Charles Borromée.

À seize ans, il se décida à entrer dans la Compagnie de Jésus. Peu de vocations ont été aussi éprouvées que la sienne : son père fut pour lui, pendant quelques temps, d'une dureté sans pareille ; mais il dut enfin céder devant la volonté de Dieu, et Louis entra au noviciat des Jésuites, à Rome. Il y parut dès les premiers jours comme un modèle digne d'être proposé aux plus parfaits ; on vit en lui un prodige de mortification, un ange de pureté, une merveille d'amour de Dieu. La seule vue de Louis dissipait chez les autres les plus violentes tentations de la chair. Jamais il n'avait ressenti la concupiscence charnelle, et malgré cela il était cruel pour son propre corps à l'égal des saints les plus austères.

Obligé par ses supérieurs, pour cause de santé, à ne pas se laisser absorber dans la pensée de Dieu, il devait s'écrier souvent, emporté par l'amour au-delà de l'obéissance : "Éloignez-Vous de moi, Seigneur !" Louis reçut du Ciel l'annonce de sa mort et fut bientôt victime de sa charité pendant la peste de Rome, l'an 1591.

Son premier miracle après sa mort fut la guérison de sa mère, à laquelle il apparut souriant et resplendissant de gloire. Ce fut le signal d'une dévotion qui fut récompensée par de nombreux prodiges.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Paulin

Saint Paulin
  22 juin : Saint Paulin, Évêque de Nole (354-431)

Saint Paulin naquit à Bordeaux en 354, d'une des plus anciennes et des plus célèbres familles sénatoriales de Rome, qui avait d'immenses possessions en Italie, en Aquitaine et en Espagne. Ausone, le premier orateur et le premier poète de son temps, fut son maître ; et, sous sa conduite, Paulin devint lui-même un orateur et un écrivain fort remarquable. Ses talents, ses richesses, ses vertus l'élevèrent aux plus hautes dignités de l'empire ; il fut même honoré du consulat, l'an 378.

Paulin avait vingt-quatre ans quand il épousa Thérésia, opulente patricienne, pieuse chrétienne, dont l'influence rapprocha peu à peu son époux de la vérité et le conduisit au baptême. Ses relations avec le célèbre Saint Martin, grand thaumaturge des Gaules, qui le guérit miraculeusement d'une grave maladie des yeux, contribua beaucoup aussi à tourner ses pensées vers la beauté de la perfection chrétienne. Il reçut le baptême et goûta enfin la paix qu'il cherchait depuis longtemps. La mort de son jeune enfant, nommé Celsus, porta de plus en plus le nouveau chrétien au mépris des biens de ce monde.
Son immense fortune lui était à charge ; il s'en dépouilla en faveur des pauvres, croyant que "le véritable riche est celui qui compte sur Dieu et non celui qui compte sur la terre" et que "celui qui possède Jésus possède plus que le monde entier". Dès lors Paulin et Thérésia, tout en vivant dans une union parfaite, pratiquèrent la continence. Ces nouvelles jetèrent l'étonnement dans tout l'empire ; à l'étonnement succédèrent les dérisions, les reproches, le mépris. Paulin, en revanche, voyait sa conduite exaltée par tout le monde chrétien et recevait les éloges des Ambroise, des Augustin, des Jérôme et des Grégoire.

Il fut ordonné prêtre en 393, et alla se fixer à Nole, en Italie, où il fit de sa maison une sorte de monastère. En 409, le peuple de Nole l'acclama comme évêque. Son épiscopat est célèbre par un acte de dévouement devenu immortel. Une pauvre veuve avait vu son fils unique emmené prisonnier par les barbares ; elle va trouver Paulin, le priant de racheter son enfant : "Je n'ai plus d'argent, dit le pontife, mais je m'offre moi-même." La pauvre femme ne pouvait le croire, mais il l'obligea à se rendre avec lui en Afrique, où il se livra en échange du prisonnier.
Au bout de quelques temps, la noblesse du caractère et les vertus de Paulin intriguèrent son maître ; il fut obligé de se découvrir, et le barbare, confus d'avoir pour esclave un évêque, lui donna sa liberté avec celle de tous les prisonniers de sa ville épiscopale. Sa réception à Nole fut un triomphe.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Sainte Marie d'Oignies
  23 juin : Sainte Marie d'Oignies, Recluse (1213-1244)

Sainte Marie d'Oignies naquit à Nivelles, en Belgique. Mariée malgré elle, ses exemples convertirent son mari, qui vécut avec elle dans la continence et distribua ses richesses aux pauvres pour se consacrer entièrement aux œuvres de la piété.

Elle fut comblée des grâces les plus extraordinaires, récompense de ses jeûnes prolongés et de ses prières continuelles. Elle reçut particulièrement le don des larmes dans la méditation de la Passion de Jésus-Christ, la connaissance de l'état des consciences, les visions et les extases. Les cinquante-trois derniers jours de sa vie, elle ne prit point d'autre nourriture que l'Eucharistie.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Nativité de Saint Jean-Baptiste

Nativité de Saint Jean-Baptiste
  24 juin : Nativité de Saint Jean-Baptiste

L'Église, dit Saint Augustin, célèbre ordinairement la vie des saints au jour de leur mort, qui est, à proprement parler, le jour de leur naissance à la vie éternelle. La Nativité de Saint Jean-Baptiste a été exemptée de cette règle générale, parce qu'il fut sanctifié avant de naître, dans le sein de sa mère, par la présence de Jésus-Christ, dans la visite que fit la Très Sainte Vierge à Sainte Élisabeth.

La naissance de Saint Jean-Baptiste fut une grande joie pour la terre, puisqu'elle lui annonçait l'approche de sa Rédemption. La puissance divine était intervenue d'une manière extraordinaire dans la naissance de quelques prophètes, de Samuel et de Jérémie, par exemple ; mais elle éclata bien davantage dans celle du saint Précurseur, que la dignité de son ministère futur et le degré éminent de grâce et de sainteté auquel il était élevé rendaient, selon la parole de Jésus-Christ Lui-même, bien supérieur à tous les patriarches et à tous les prophètes.

Le message d'un ange à Zacharie pour lui annoncer la naissance de Jean-Baptiste, la maternité d'Élisabeth à un âge très avancé, le mutisme subit de Zacharie depuis l'annonce de l'ange jusqu'à la circoncision de l'enfant, et sa guérison miraculeuse, qui lui permit d'entonner le beau cantique Benedictus : tout est merveilleux dans l'apparition du Précurseur, qui allait montrer bientôt le Sauveur promis et attendu depuis quatre mille ans.

Parmi les récits évangéliques, il en est peu d'aussi intéressants ni d'aussi touchants que celui de la naissance de Saint Jean-Baptiste. Les miracles s'ajoutaient aux miracles autour du berceau de l'enfant ; les habitants du voisinage furent saisis d'une crainte respectueuse, et le bruit de ces merveilles se répandit dans toutes les montagnes de la Judée, de sorte que tous se disaient les uns aux autres : "Que pensez-vous de l'avenir de cet enfant ?"

Saint Jean-Baptiste occupe dans l'histoire de l'humanité une place incomparable : il sert de trait d'union entre les deux mondes, il résume en lui tout l'Ancien Testament et prépare le Nouveau ; il ferme la mission des prophètes et ouvre celle des Apôtres. "Prophète, apôtre, docteur, solitaire, vierge, martyr, il est plus que tout cela, parce qu'il est tout cela en même temps. Il réunit tous les titres à la sainteté, et, rassemblant en lui seul tout ce qui constitue les différentes classes des saints, il forme au milieu d'eux une classe particulière." (La Luzerne.) Le culte de Saint Jean-Baptiste a toujours joui d'une immense popularité.

Sa fête a été souvent célébrée par des feux de joie. Il est Patron de nombreuses paroisses, de nombreuses confréries et des Canadiens Français.

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Saint Guillaume de Verceil
  25 juin : Saint Guillaume de Verceil, Fondateur d'ordre († 1142)

Ancienne et fameuse ville de Lombardie, Verceil servit de berceau à Saint Guillaume. Illustres par la noblesse de leur sang, son père et sa mère étaient encore plus respectables par la sainteté de leur vie. Guillaume perdit ses parents dès son enfance et vécut sous la conduite d'un de ses parents qui prit grand soin de son éducation.
A quinze ans, le pieux adolescent résolut de mener une vie pénitente et entreprit le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, comme on nommait alors l'Espagne. Il voyageait les pieds nus, revêtu d'un simple habit de pèlerin. Durant ce long voyage, Guillaume souffrit la faim, la soif, avec toutes sortes d'incommodités. Son amour de la mortification lui inspira cependant de faire confectionner deux cercles de fer qu'il appliqua sur sa chair nue.

Dieu révéla au jeune pénitent qu'Il l'appelait à la vie solitaire dans laquelle il pratiquerait la vertu avec plus de perfection. Obéissant à cette céleste inspiration, Guillaume de Verceil quitta son pays afin de trouver moins d'obstacle à son projet. Il se retira au royaume de Naples, sur une montagne déserte où il pratiqua des abstinences et des austérités presque incroyables.
Saint Guillaume ne jouit pas longtemps de cette douce solitude, car une foule de personnes attirées par sa réputation de sainteté et le désir de recevoir ses instructions, se mirent à le visiter fréquemment. Plusieurs prêtres séculiers ravis de ses entretiens spirituels le supplièrent de les admettre au nombre de ses disciples. En l'an 1119, sous le pontificat de Calixte II, Saint Guillaume de Verceil commença donc l'établissement de la Congrégation, dite du Mont-Vierge.
Animés par les ardentes exhortations de leur saint fondateur, les nouveaux religieux embrassèrent la pratique de la vertu avec une ferveur indescriptible. Vivant dans une parfaite concorde, ils avançaient à grands pas dans le chemin de la perfection, lorsque le démon excita en eux un esprit de murmure contre Saint Guillaume, à cause de l'austérité des Règles qu'il leur prescrivait.
Comme l'esprit de critique et de rébellion animait de plus en plus ses religieux, le saint jugea que sa présence leur devenait plutôt désavantageuse qu'utile et décida de se retirer. Après avoir quitté le Mont-Vierge, Saint Guillaume fonda plusieurs monastères tant d'hommes que de femmes, en divers endroits du royaume de Naples. Ainsi, la sourde persécution fomentée contre le saint fondateur, servit à étendre davantage le nouvel Ordre qu'il avait institué.

Le but de son institut consistait principalement et avant tout, dans l'exercice d'une vie pénitente et mortifiée. C'est pourquoi il interdit à ses enfants spirituels l'usage du vin, de la viande et de toutes sortes de laitage. Il ordonna aussi que ses religieux mangeraient des herbes crues avec un peu de pain pendant trois jours de la semaine.

Roger Ier, roi de Naples, désirait vivement s'entretenir avec Saint Guillaume de Verceil ; il le fit donc venir à sa cour. Sa conversation tout angélique l'édifia tellement qu'il ordonna de bâtir un couvent de son Ordre à Salerne, juste en face de son palais, afin de pouvoir jouir plus souvent de ses célestes entretiens et de ses sages avis. Saint Guillaume profita de son influence pour porter le roi à la pratique de la vertu et lui rappeler ses importants devoirs. Il exhortait les grands seigneurs de la même façon, tâchant de leur inspirer l'horreur du péché et l'amour de la piété.

Comme la dévotion trouve des ennemis partout, quelques courtisans persuadèrent le roi Roger d'éprouver la vertu du saint, qui n'était selon eux, que pure hypocrisie. On chargea une courtisane de le solliciter au mal et de le faire tomber dans le péché. Saint Guillaume feignit d'abord d'acquiescer à ses honteuses propositions et la pria de revenir vers le soir. La courtisane se félicitait de sa réussite, mais lorsqu'elle retourna chez le saint, elle resta fort perplexe en le voyant se coucher sur un lit de charbons ardents tout en l'invitant à faire de même.
Ce prodige bouleversa tellement cette misérable femme, que fondant en larmes, elle demanda pardon au serviteur de Dieu en se prosternant jusqu'à terre. D'infâme pécheresse, elle devint abbesse d'un couvent de religieuses fondée par Saint Guillaume, à Venosa. Elle est connue sous le nom de la Bienheureuse Agnès de Venosa.

Saint Guillaume de Verceil apprit par révélation qu'il irait bientôt recevoir la récompense de ses travaux. Il en avertit le roi et lui recommanda la pratique des instructions données. Pour mieux se préparer à son prochain départ pour le Ciel, il se retira au monastère de Guglieto.
Lorsque l'heureux jour arriva, Saint Guillaume se fit transporter à l'église, et là, couché sur la terre nue, il exhorta ses religieux à la persévérance et rendit paisiblement son âme à Dieu. Son corps fut inhumé dans l'église où il exhala son dernier soupir. Depuis ce temps, cette église a changé son nom de Saint-Sauveur, pour celui de Saint-Guillaume.

Les petits Bollandistes

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Saint Prosper d'Aquitaine
  25 juin : Saint Prosper d'Aquitaine, Docteur de l'Église († 466)

Saint Prosper naquit dans l'Aquitaine, au commencement du Vème siècle ; nous le connaissons surtout par ses excellents ouvrages, car ce savant homme semble avoir passé sa vie la plume à la main, dans les controverses contre les hérétiques. Il s'était évidemment appliqué à l'étude des belles-lettres et surtout à l'intelligence de la Sainte Écriture. Chez Prosper, à la science se joignait la vertu, et un auteur contemporain, faisant de lui les plus grands éloges, l'appelle homme saint et vénérable. Les semi-pélagiens, en particulier, eurent en lui l'un de leurs plus redoutables adversaires.

Son érudition et sa sainteté le rendirent célèbre dans toute l'Église, et Saint Léon le Grand qui se connaissait en mérite, ne fut pas plutôt élevé au suprême pontificat, qu'il attira Prosper à Rome pour faire de lui son secrétaire et se servir de lui, comme Saint Damase avait fait de Saint Jérôme, pour répondre aux questions qui lui étaient adressées de tout l'univers chrétien. Plusieurs historiens croient même que le fond de l'admirable lettre de Saint Léon sur l'Incarnation du Verbe est de la composition de Saint Prosper, et que le grand Pape n'a fait qu'y mettre son style.

Le saint n'était pas moins habile dans les sciences humaines que dans les sciences ecclésiastiques, surtout dans les mathématiques, l'astronomie et chronologie. Tout porte à croire que Prosper n'était ni évêque, ni même prêtre ; mais comme il a passé sa vie à combattre les hérésies, à soutenir les vérités de la religion et éclaircir le grand et difficile mystère de la grâce, l'Église lui a donné place parmi ses Pères et ses Docteurs.

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Saint Jean et Saint Paul
  26 juin : Saint Jean et Saint Paul, Martyrs († 362)

Jean et Paul étaient deux frères de haute famille ; ils demeuraient à Rome et remplissaient des emplois fort honorables dans la maison princière de Constance, fille de Constantin ; ils se faisaient remarquer par leurs œuvres de piété et par une grande charité envers les pauvres.

Quand Julien l'Apostat fut monté sur le trône, ils renoncèrent à toutes leurs charges et se retirèrent dans leur maison du mont Coelius, dont on a retrouvé récemment des parties fort intéressantes et bien conservées, sous l'antique église construite en leur honneur et administrée aujourd'hui par les Passionistes.

Julien n'était pas moins altéré de l'or que du sang des chrétiens, il résolut de s'emparer des biens des deux frères, qui avaient méprisé de le servir. Il leur fit demander de venir à sa cour, comme du temps de Constantin et de ses fils ; mais ils refusèrent de communiquer avec un apostat. Dix jours de réflexion leur sont accordés ; ils en profitent pour se préparer au martyre par les œuvres de charité. Ils vendent tout ce qu'ils peuvent de leurs propriétés, et distribuent aux pauvres argent, vêtements, meubles précieux, plutôt que de voir tous ces biens tomber entre les mains d'un homme aussi cupide qu'impie ; ils passent ensuite le reste de leur temps à prier et à fortifier les fidèles dans la résolution de mourir pour Jésus-Christ plutôt que d'abandonner la religion. Le dixième jour, l'envoyé de l'empereur les trouve en prière et disposés à tout souffrir pour leur foi : "Adorez Jupiter", leur dit-il en leur présentant une petite idole de cette divinité.

"À Dieu ne plaise, répondent-ils, que nous adorions un démon ! Que Julien nous commande des choses utiles au bien de l'État et de sa personne : c'est son droit ; mais qu'il nous commande d'adorer les simulacres d'hommes vicieux et impurs, cela dépasse son pouvoir. Nous le reconnaissons pour notre empereur, mais nous n'avons point d'autre Dieu que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont un seul Dieu en trois personnes." Le messager, voyant qu'il ne pourrait ébranler leur courage invincible, ordonna de creuser une fosse dans leur jardin ; il les fit décapiter pendant la nuit dans leur propre maison, et ensuite enterrer secrètement.

L'empereur, craignant que cette exécution ne soulevât la réprobation de Rome, répandit le bruit qu'il les avait envoyés en exil ; mais les démons publièrent leur mort et leur triomphe, et l'exécuteur des ordres de Julien, après avoir vu son fils délivré du démon par l'intercession des martyrs, se convertit avec sa famille.

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Notre-Dame du Perpétuel Secours
  27 juin : Notre-Dame du Perpétuel Secours

De style byzantin, peinte sur bois et à fond d'or, l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours mesure environ 50 centimètres de haut. La Vierge y apparaît avec Son divin Enfant ; sur leurs fronts brille une auréole d'or. Deux anges, l'un à droite et l'autre à gauche, présentent les instruments de la Passion à l'Enfant-Jésus effrayé, tandis que la Sainte Vierge regarde la scène pathétique avec une douleur calme et résignée.

Après avoir été longtemps vénérée en Crète, des habitants de cette île qui fuyaient une invasion turque à la fin du XIVème siècle, apportèrent l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours à Rome. A l'invocation de Marie, sous le titre de Notre-Dame du Perpétuel Secours, le navire qui transportait Sa sainte image fut sauvé d'une terrible tempête.

Le 27 mars 1499, après avoir parcouru triomphalement les rues de la ville éternelle, précédé du clergé de Rome et suivi du peuple, le portrait de la Vierge du Perpétuel Secours fut placé au-dessus du maître-autel de l'église Saint-Matthieu, près de Sainte-Marie-Majeure. Grâce aux soins des religieux augustins, la sainte image devint l'objet d'un culte très populaire que Dieu récompensa au cours de plusieurs siècles, par de nombreux miracles.

Pendant les troubles de la Révolution de 1789-1793, les troupes françaises qui occupaient Rome détruisirent l'église Saint-Matthieu. Un des religieux qui desservaient ce sanctuaire eut le temps de soustraire secrètement la Madone miraculeuse. Il la cacha avec tant de soin, que pendant soixante ans, on se demanda ce qu'était devenu la célèbre peinture.

Dieu permit qu'un concours de circonstances providentielles fit redécouvrir l'image vénérée. En 1865, afin de rendre la pieuse représentation aux mêmes lieux où on l'avait priée jadis, Pie IX ordonna de la rapporter sur l'Esquilin, dans l'église Saint-Alphonse-de-Liguori bâtie dans l'enceinte où se trouvait autrefois l'église Saint-Matthieu. Le 26 avril 1866, les Rédemptoristes intronisèrent solennellement Notre-Dame du Perpétuel Secours en leur chapelle.

Depuis ce temps, grâce au zèle des fils de Saint Alphonse et aux innombrables miracles obtenus dans leur pieux sanctuaire, la dévotion à Notre-Dame du Perpétuel Secours a pris un essor extraordinaire. Le 23 juin 1867, afin de reconnaître et de perpétuer le souvenir de ces précieuses faveurs, le vénérable Chapitre du Vatican couronna la sainte image avec grande pompe.

En 1876, le Pape Pie IX érigea une Archiconfrérie dans l'église Saint-Alphonse, sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Aujourd'hui, la Sainte Vierge est invoquée sous ce vocable dans la plupart des églises d'Occident.

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Saint Ladislas
  27 juin : Saint Ladislas, Roi de Hongrie (1031-1095)

Saint Ladislas fut appelé au trône de Hongrie, l'an 1080, par la libre volonté du peuple. Bien différent de la plupart des puissants de ce monde, qui n'aspirent qu'aux grandeurs passagères, Ladislas ne recherchait que la vraie grandeur, celle que l'on acquiert par la vertu. Dès sa jeunesse il était admiré de tout le monde pour sa chasteté, sa modestie, sa piété, sa tendresse envers les pauvres.

Il n'avait pas seulement l'âme d'un saint, mais toutes les qualités d'un roi. Nul, dans toute la Hongrie, n'était de taille plus grande ni de port plus majestueux que lui ; les fatigues de la guerre, les graves occupations de la paix lui convenaient également. Il recevait tout le monde avec la plus grande affabilité, et les moindres de ses sujets pouvaient en confiance venir lui réclamer justice ; ses jugements équitables, semblables à ceux d'un père plutôt que d'un maître, étaient agréés de tous ; aussi la voix publique lui donna-t-elle le beau nom de Pieux.

La vie de Ladislas en son palais était fort austère ; sa table, il est vrai, était royalement servie, mais il n'y prenait que ce qui lui était nécessaire ; il jeûnait même souvent, se refusait l'usage du vin, couchait sur la dure, mortifiait son corps et, par ces moyens, triomphait des périls que courent les rois au milieu de l'éclat et de la mollesse des cours.
Ennemi des amusements frivoles, il donnait tout son temps aux exercices de piété et aux devoirs de son état, ne se proposant en tout que la plus grande gloire de Dieu. La religion était tout pour lui ; fort conciliant quand il s'agissait de sa personne, il ignorait les demi-mesures quand il s'agissait de maintenir les droits de l'Église ou de défendre son pays. Pas un pauvre ne sortait de son palais sans avoir reçu quelque soulagement à sa misère : chaque genre de besoin trouvait près de lui un secours assuré.

Les églises magnifiques qu'il fit construire sont un nouveau témoignage de la religion de ce grand prince et de son zèle à favoriser le développement du culte chrétien chez un peuple encore à demi barbare et à demi païen. Du reste, Ladislas ne se contentait pas de travailler à la conversion des autres, il était le modèle de tous, une sorte de loi vivante, qui enseignait à chacun ses devoirs. Son palais était si édifiant, qu'on n'y entendait ni jurements, ni paroles inconvenantes ; les jeûnes y étaient fidèlement observés ; en un mot, on eût dit moins une cour royale qu'une maison religieuse.

Ladislas avait été choisi pour commander en chef la première croisade, quand Dieu l'appela à Lui, le 30 juillet 1095.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Anthelme
  27 juin : [Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg] Saint Anthelme, Évêque et Confesseur (1107-1178)

Anthelme naquit au château de Chignin en Savoie l'an 1107. Nommé jeune prévôt et secrétaire de l'église de Genève, il alla bientôt rejoindre un de ses frères à la Grande-Chartreuse, y reçut l'habit en 1136 et devint prieur trois ans plus tard. En 1163, nommé évêque de Belley, il y fut le père des pauvres, le restaurateur de la discipline des droits de son Église. Anthelme mourut le 26 juin 1178.

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    27 juin : [Diocèse de Bâle] Saint Burchard, Confesseur

La dévotion envers ce Saint remonte certainement au-delà du XIIIème siècle. Il a sa tombe à Beinwil près de Muri et le peuple lui a donné le doux nom de saint "saint curé de Beinwil."

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Saint Irénée
  28 juin : Saint Irénée, Évêque et Martyr (120-202)

Saint Irénée naquit en Asie Mineure et y passa ses premières années. Il eut le bonheur insigne d'être, jeune encore, disciple de l'admirable évêque de Smyrne, Polycarpe. Irénée conçut une telle vénération pour son saint maître, que, non content de se pénétrer de sa doctrine et de son esprit, il modelait sur lui ses actions et jusqu'à son pas et sa démarche. Il fut bientôt fort instruit dans les Saintes Écritures et dans les traditions apostoliques, et déjà l'on pouvait prévoir en lui l'auteur futur de tant de saints ouvrages et surtout de ce travail si remarquable contre les hérésies, où devaient puiser, comme à une source riche et sûre, tous les savants de l'avenir.

Irénée était l'enfant chéri de Polycarpe ; mais il était aussi l'espoir et la joie de toute la chrétienté. Jamais diacre ne s'acquitta de toutes ses fonctions avec tant de zèle. L'ardeur du jeune apôtre s'enflammait de plus en plus à la vue des missionnaires que Polycarpe envoyait dans les Gaules ; aussi bientôt il reçut de son maître l'ordre impatiemment désiré d'aller au secours du vieil évêque de Lyon, Saint Pothin.

Polycarpe fit, au jour de la séparation, un grand sacrifice ; mais il fit aussi une œuvre féconde. Le bonheur du vénérable évêque des Gaules dépassa toutes ses espérances, quand il reconnut tout le mérite de son jeune auxiliaire. Avec Irénée, l'avenir de l'Église occidentale était sauvé.

Une terrible persécution fit disparaître Saint Pothin et un grand nombre de fidèles ; les païens avaient cru noyer l'Église lyonnaise dans le sang de ses enfants ; mais Irénée restait encore, et, par l'ordre du Pape Éleuthère, il montait bientôt sur le siège épiscopal de Lyon. Ses prières, ses prédications, ses exhortations, ses réprimandes, eurent bientôt reconstitué cette Église dévastée. La paix toutefois n'était que précaire, et la persécution fit couler de nouveau le sang des martyrs. Le temps d'Irénée n'était pas encore venu, son œuvre n'était que commencée, et Dieu voulait lui donner le temps de l'accomplir.
Quand, en 202, les horreurs de la persécution éclatèrent encore, l'Église de Lyon, toujours en vue, était prête à subir le choc. Irénée, plus que jamais, ranimait la foi de ses enfants et leur montrait le Ciel. Il fut au nombre des premières victimes ; c'était la juste récompense due à ses longs travaux. Parmi tous les éloges que lui ont donnés les saints, citons les titres glorieux de Zélateur du Nouveau Testament, Flambeau de la Foi, homme versé dans toutes les sciences.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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Saint Pierre et Saint Paul
  29 juin : Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

"Simon, fils de Jean, m’aimez-vous ?" Voici l’heure où la réponse que le Fils de l’homme exigeait du pêcheur de Galilée, descend des sept collines et remplit la terre. Pierre ne redoute plus la triple interrogation du Seigneur. Depuis la nuit fatale où le coq fut moins prompt à chanter que le premier des Apôtres à renier son Maître, des larmes sans fin ont creusé deux sillons sur les joues du Vicaire de l’Homme-Dieu ; le jour s’est levé où tarissent ces pleurs. Du gibet où l’humble disciple a réclamé d’être cloué la tête en bas, son cœur débordant redit enfin sans crainte la protestation qui, depuis la scène des bords du lac de Tibériade, a silencieusement consumé sa vie : "Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime !"

Jour sacré, où l’oblation du premier des Pontifes assure à l’Occident les droits du suprême sacerdoce ! Jour de triomphe, où l’effusion d’un sang généreux conquiert à Dieu la terre romaine ; où, sur la croix de son représentant, l’Époux divin conclut avec la reine des nations son alliance éternelle !

Ce tribut de la mort, Lévi ne le connut pas ; cette dot du sang, Jéhovah ne l’avait point exigée d’Aaron : car on ne meurt pas pour une esclave, et la synagogue n’était point l’Épouse. L’amour est le signe qui distingue le sacerdoce des temps nouveaux du ministère de la loi de servitude. Impuissant, abîmé dans la crainte, le prêtre juif ne savait qu’arroser du sang de victimes substituées à lui-même les cornes de l’autel figuratif. Prêtre et victime à la fois, Jésus veut plus de ceux qu’il appelle en participation de la prérogative sacrée qui le fait pontife à jamais selon l’ordre de Melchisédech. "Je ne vous appellerai plus désormais serviteurs, déclare-t-il à ces hommes qu’il vient d’élever au-dessus des anges, à la Cène ; je ne vous appellerai plus serviteurs, car le serviteur ne sait ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai communiqué tout ce que j’ai reçu de mon Père. Comme mon Père m’a aimé, ainsi je vous ai aimés ; demeurez donc en mon amour."

Or, pour le prêtre admis de la sorte en communauté avec le Pontife éternel, l’amour n’est complet que s’il s’étend à l’humanité rachetée dans le grand Sacrifice. Et, qu’on le remarque : il y a là pour lui plus que l’obligation, commune à tous les chrétiens, de s’entr’aimer comme membres d’un même Chef ; car, par son sacerdoce, il fait partie du Chef, et, à ce titre, la charité doit prendre en lui quelque chose du caractère et des profondeurs de l’amour que ce Chef divin porte à ses membres. Que sera-ce, si, au pouvoir qu’il possède d’immoler le Christ lui-même, au devoir qu’il a de s’offrir avec lui dans le secret des Mystères, la plénitude du pontificat vient ajouter la mission publique de donner à l’Église l’appui dont elle a besoin, la fécondité que l’Époux céleste attend d’elle ? C’est alors que, selon la doctrine exprimée de toute antiquité par les Papes, les Conciles et les Pères, l’Esprit-Saint l’adapte à son rôle sublime en identifiant pleinement son amour à celui de l’Époux dont il remplit les obligations, dont il exerce les droits. Mais alors aussi, d’après le même enseignement de la tradition universelle, se dresse devant lui le précepte de l’Apôtre ; sur tous les trônes où siègent les évêques de l’Orient comme de l’Occident, les anges des Églises se renvoient la parole : "Époux, aimez vos Épouses, comme le Christ a aimé l’Église, et s’est livré pour elle afin de la sanctifier."

Telle apparaît la divine réalité de ces noces mystérieuses, qu’à tous les âges l’histoire sacrée flétrit du nom d’adultère l’abandon irrégulier de l’Église premièrement épousée. Telles sont les exigences d’une union si relevée, que celui-là seul peut y être appelé qui demeure établi déjà sur les sommets de la perfection la plus haute ; car l’Évêque doit se tenir prêt à justifier sans cesse de ce degré suprême de charité, dont le Seigneur a dit : "Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime." Là ne réside point seulement la différence du mercenaire et du vrai pasteur ; cette disposition du Pontife à défendre jusqu’à la mort l’Église qui lui fut confiée, à laver dans son sang toute tache déparant la beauté de l’Épouse, est la garantie du contrat qui l’unit à cette très noble élue du Fils de Dieu, le juste prix des joies très pures qui lui sont réservées. "Je vous ai révélé ces choses, avait dit le Seigneur instituant le Testament de la nouvelle alliance, afin que ma propre joie soit en vous, et que votre joie soit pleine."

Si tels devaient être les privilèges et obligations des chefs des Églises, combien plus du pasteur de tous ! En confiant à Simon fils de Jean l’humanité régénérée, le premier soin de l’Homme-Dieu avait été de s’assurer qu’il serait bien le vicaire de son amour ; qu’ayant reçu plus que les autres, il aimerait plus qu’eux tous ; qu’héritier de la dilection de Jésus pour les siens qui étaient dans le monde, il les aimerait comme lui jusqu’à la fin. C’est pourquoi l’établissement de Pierre au sommet de la hiérarchie sainte, concorde dans l’Évangile avec l’annonce de son martyre : pontife souverain, il devait suivre jusqu’à la Croix l’hiérarque suprême.

Les fêtes de ses deux Chaires à Antioche et à Rome, nous ont rappelé la souveraineté avec laquelle il préside au gouvernement du monde, l’infaillibilité de la doctrine qu’il distribue comme nourriture au troupeau tout entier ; mais ces deux fêtes, et la primauté dont elles rendent témoignage au cycle sacré, appelaient pour complément et pour sanction les enseignements de la solennité présente. Ainsi que la puissance reçue par l’Homme-Dieu de son Père, la pleine communication faite par lui de cette même puissance au chef visible de son Église avait pour but la consommation de la gloire poursuivie par le Dieu trois fois saint dans son œuvre ; toute juridiction, tout enseignement, tout ministère ici-bas, nous dit Saint Paul d’autre part, aboutit à la consommation des saints, qui ne fait qu’un avec la consommation de cette gloire souveraine : or, la sainteté de la créature, et, tout ensemble, la gloire du Dieu créateur et sauveur, ne trouvent leur pleine expression qu’au Sacrifice embrassant pasteur et troupeau dans un même holocauste.

C’est pour cette fin dernière de tout pontificat, de toute hiérarchie, que, depuis l’Ascension de Jésus, Pierre avait parcouru la terre. A Joppé, lorsqu’il était encore au début de ses courses d’Apôtre, une faim mystérieuse s’était saisie de lui : "Lève-toi, Pierre ; tue et mange", avait dit l’Esprit ; et, dans le même temps, une vision symbolique présentait réunis à ses yeux les animaux de la terre et les oiseaux du ciel. C’était la gentilité qu’il devait joindre, sur la table du banquet divin, aux restes d’Israël. Vicaire du Verbe, il partagerait sa faim immense : sa parole, comme un glaive acéré, abattrait devant lui les nations ; sa charité, comme un feu dévorant, s’assimilerait les peuples ; réalisant son titre de chef, un jour viendrait que, vraie tête du monde, il aurait fait de cette humanité, offerte en proie à son avidité, le corps du Christ en sa propre personne. Alors, nouvel Isaac, ou plutôt vrai Christ, il verrait, lui aussi, s’élever devant lui la montagne où Dieu regarde, attendant l’oblation.

Regardons, nous aussi ; car ce futur est devenu le présent, et, comme au grand Vendredi, nous avons part au dénouement qui s’annonce. Part bienheureuse, toute de triomphe : ici du moins, le déicide ne mêle pas sa note lugubre à l’hommage du monde, et le parfum d’immolation qui déjà s’élève de la terre ne remplit les cieux que de suave allégresse. Divinisée par la vertu de l’adorable hostie du Calvaire, on dirait, en effet, que la terre aujourd’hui se suffit à elle-même. Simple fils d’Adam par nature, et pourtant vrai pontife souverain, Pierre s’avance portant le monde : son sacrifice va compléter celui de l’Homme-Dieu qui l’investit de sa grandeur ; inséparable de son chef visible, l’Église aussi le revêt de sa gloire. Loin d’elle aujourd’hui les épouvantements de cette nuit en plein midi, où elle cacha ses pleurs, quand pour la première fois la Croix fut dressée. Elle chante ; et son lyrisme inspiré célèbre "la pourpre et l’or dont la divine lumière compose les rayons de ce jour qui donne aux coupables la grâce". Dirait-elle plus du Sacrifice de Jésus lui-même ? C’est qu’en effet, par la puissance de cette autre croix qui s’élève, Babylone aujourd’hui devient la cité sainte. Tandis que Sion reste maudite pour avoir une fois crucifié son Sauveur, Rome aura beau rejeter l’Homme-Dieu, verser son sang dans ses martyrs, nul crime de Rome ne prévaudra contre le grand fait qui se pose à cette heure : la croix de Pierre lui a transféré tous les droits de celle de Jésus, laissant aux Juifs la malédiction ; c’est elle maintenant qui est Jérusalem.

Telle étant donc la signification de ce jour, on ne s’étonnera pas que l’éternelle Sagesse ait voulu la relever encore, en joignant l’immolation de Paul l’Apôtre au sacrifice de Simon Pierre. Plus que tout autre, Paul avait avancé par ses prédications l’édification du corps du Christ ; si, aujourd’hui, la sainte Église est parvenue à ce plein développement qui lui permet de s’offrir en son chef comme une hostie de très suave odeur, qui mieux que lui méritait donc de parfaire l’oblation, d’en fournir de ses veines la libation sacrée ? L’âge parfait de l’Épouse étant arrivé, son œuvre à lui aussi est achevée. Inséparable de Pierre dans ses travaux par la foi et l’amour, il l’accompagne également dans la mort ; tous deux ils laissent la terre aux joies des noces divines scellées dans leur sang, et montent ensemble à l’éternelle demeure où l’union se consomme.

Depuis l’atroce persécution de l’année 64, Rome était devenue pour Pierre un séjour plein de périls, et il se souvenait que son Maître, en l’établissant Pasteur des agneaux et des brebis, lui avait dit : "Tu me suivras". L’Apôtre attendait donc le jour où il mêlerait son sang à celui de tant de milliers de chrétiens dont il avait été l’initiateur et le père. Mais, avant de sortir de ce monde, Pierre devait avoir triomphé de Simon le Magicien, son ignoble antagoniste. L’hérésiarque ne s’était pas contenté de séduire les âmes par ses doctrines perverses ; il eût voulu imiter Pierre dans les prodiges que celui-ci opérait. Il annonça un jour qu’il volerait dans les airs. Le bruit de cette nouveauté se répandit dans Rome, et le peuple se félicitait de contempler cette ascension merveilleuse. Si l’on s’en rapporte à Dion Chrysostome, Néron aurait retenu quelque temps à sa cour le personnage qui s’était engagé à cette tentative aérienne. Il voulut même honorer de sa présence un si rare spectacle. On dressa la loge impériale sur la voie sacrée, où la scène devait se passer. La déception fut cruelle pour l’imposteur. "À peine cet Icare se fut-il lancé, dit Suétone, qu’il alla tomber près de la loge de Néron qui fut inondé de son sang." L’accord des plus graves écrivains de l’antiquité chrétienne est unanime pour attribuer à la prière de Pierre l’humiliation infligée au jongleur samaritain au sein même de Rome, où il avait osé se poser comme rival du Vicaire du Christ.

Le déshonneur de l’hérésiarque, aussi bien que son sang, avait rejailli jusque sur l’empereur. La curiosité et la malveillance n’avaient qu’à s’unir, pour appeler sur la personne de Pierre une attention qui pouvait devenir funeste. Que l’on ajoute à cela le péril signalé par Saint Paul, le péril des faux frères ; les froissements inévitables dans une société aussi nombreuse que l’était déjà celle des chrétiens ; la nécessité de mécontenter les âmes vulgaires, lorsqu’on ne doit consulter que les intérêts les plus élevés dans le choix toujours délicat des dépositaires d’une haute confiance : on s’expliquera alors ce que Saint Clément, témoin du martyre des Apôtres, atteste dans sa lettre aux Corinthiens, que "les rivalités et les jalousies" eurent grande part au dénouement tragique des suspicions que l’autorité avait fini par concevoir au sujet de ce Juif.

La piété filiale des chrétiens de Rome s’alarma, et ils supplièrent le vieillard de se soustraire au danger par une fuite momentanée. "Bien qu’il eût préféré souffrir", dit Saint Ambroise, Pierre s’acheminait sur la voie Appienne. Il était arrivé près de la porte Capène, lorsque tout à coup se présente à lui le Christ entrant lui-même dans la ville.
"Seigneur, où allez-vous ? s’écrie l’Apôtre.
— A Rome, répond le Christ, pour y être de nouveau crucifié".

Le disciple comprit le Maître ; il revint sur ses pas, n’ayant plus qu’à attendre l’heure de son martyre. Cette scène tout évangélique exprimait la suite des desseins du Sauveur sur son disciple. Afin de fonder l’unité dans l’Église chrétienne, il avait étendu à ce disciple son nom prophétique de Pierre ; maintenant c’était jusqu’à sa croix dont il allait le faire participant. Rome allait avoir son Calvaire, comme Jérusalem qu’elle remplaçait.

Dans la fuite du chef de l’Église, une bandelette qui liait une de ses jambes était tombée à terre, et elle fut ramassée avec respect par un disciple. On éleva sur place un monument dès les premiers siècles, pour en conserver la mémoire. C’est l’église des Saints Nérée et Achillée, appelée dans l’antiquité Titulus fasciolœ, le Titre de la bandelette. Selon les desseins de la Providence, l’humble fasciola était destinée à rappeler la glorieuse et mémorable rencontre, où le Christ en personne s’était trouvé en face de son Apôtre aux portes de Rome, lui annonçant que la croix était proche.

Pierre dès lors disposa toutes choses en vue de sa fin prochaine. Ce fut alors qu’il écrivit sa seconde Épître, qui est comme son testament et ses adieux à l’Église. Il y annonce que le terme de sa vie est arrivé, et compare son corps à un abri passager que l’on démonte, pour émigrer ailleurs. "Bientôt, dit-il, ma tente sera détendue, ainsi que me l’a signifié notre Seigneur Jésus-Christ lui-même." L’allusion à l’apparition sur la voie Appienne est ici évidente. Mais Pierre, avant de sortir de ce monde, avait encore à se préoccuper de la transmission de sa charge pastorale et à pourvoir au besoin de l’Église, qui bientôt allait être veuve de son chef. C’est dans cette intention qu’il ajoute : "J’aurai soin qu’après ma mort, vous soyez en mesure de vous rappeler mes enseignements."

En quelles mains passeraient les clefs que Pierre avait reçues du Christ, en signe de son pouvoir sur le troupeau tout entier ? Linus était depuis plus de dix ans l’auxiliaire de l’Apôtre au sein de la chrétienté de Rome ; l’accroissement du peuple fidèle avait amené Pierre à lui donner un collègue dans la personne de Clétus ; ce n’était cependant ni sur l’un, ni sur l’autre, que devait s’arrêter le choix de l’Apôtre, en ce moment solennel, où il allait remplir l’engagement qu’il avait pris dans la lettre de ses adieux, de pourvoir à la continuation de son ministère. Clément, que la noblesse de son origine recommandait à la considération des Romains, en même temps que son zèle et sa doctrine lui méritaient l’estime des fidèles, fut celui sur lequel s’arrêta la pensée du prince des Apôtres. Dans les derniers jours qui lui restaient encore, Pierre lui imposa les mains, et l’ayant ainsi revêtu du caractère épiscopal, il l’intronisa dans sa propre Chaire, et déclara son intention de l’avoir pour successeur. Ces faits, rapportés dans le Liber pontificalis, sont confirmés par le témoignage de Tertullien et de Saint Épiphane.

Ainsi la qualité d’évêque de Rome entraînait celle de pasteur universel ; et Pierre devait laisser l’héritage des clefs divines à celui qui occuperait après lui le siège que lui-même occupait au moment de sa mort. Ainsi l’avait ordonné le Christ ; et l’inspiration céleste avait amené Pierre à choisir Rome pour sa dernière station, Rome préparée de longue main par la divine Providence à l’empire universel. De là advint qu’au moment où la suprématie de Pierre passa à l’un de ses disciples, aucun étonnement ne se manifesta dans l’Église. On savait que la Primauté devait être un héritage local, et on n’ignorait pas que la localité dont Pierre avait fait choix depuis longues années déjà, était Rome elle-même. Après la mort de Pierre, il ne vint en pensée à aucun chrétien de chercher le centre de l’Église soit à Jérusalem, soit à Alexandrie, soit à Antioche, soit ailleurs.

La chrétienté de Rome tenait compte à son chef du paternel dévouement dont il s’était montré prodigue envers elle. De là ces alarmes, auxquelles l’Apôtre consentit un jour à céder. Les Épîtres de Pierre, si affectueuses, rendent témoignage de la tendresse d’âme qu’il avait reçue à un si haut degré. Il y est constamment le Pasteur dévoué aux brebis, craignant par-dessus tout les airs de domination ; c’est le délégué qui sans cesse s’efface, pour ne laisser apercevoir que la grandeur et les droits de celui qu’il doit représenter. Cette ineffable modestie est encore accrue chez Pierre par le souvenir qu’il conserva toute sa vie, ainsi que le rapportent les anciens, de la faute qu’il avait commise et qu’il pleura jusque dans les derniers jours de sa vieillesse. Fidèle à cet amour supérieur dont son Maître divin avait exigé de sa part une triple affirmation, avant de lui remettre le soin de son troupeau, il supporta, sans fléchir, les immenses labeurs de sa charge de pêcheur d’hommes. Une circonstance de sa vie, qui se rapporte à la dernière période, révèle d’une manière touchante le dévouement qu’il gardait à celui qui avait daigné l’appeler à sa suite, et pardonner à sa faiblesse.
Clément d’Alexandrie nous a conservé le trait suivant. Avant d’être appelé à l’apostolat, Pierre avait vécu dans la vie conjugale. Dès lors sa femme ne fut plus pour lui qu’une sœur ; mais elle s’attacha à ses pas, et le suivit dans ses pérégrinations pour le servir. Elle se trouvait à Rome, lorsque sévissait la persécution de Néron, et l’honneur du martyre la vint chercher. Pierre la vit marcher au triomphe, et à ce moment sa sollicitude pour elle se traduisit dans cette seule exclamation : "Oh ! souviens-toi du Seigneur." Ces deux Galiléens avaient vu le Seigneur, ils l’avaient reçu dans leur maison, ils l’avaient fait asseoir à leur table. Depuis, le divin Pasteur avait souffert la Croix, il était ressuscité, il était monté aux cieux, laissant le soin de sa bergerie au pêcheur du lac de Génésareth. Qu’avait à faire à ce moment l’épouse de Pierre ? si ce n’est de repasser de tels souvenirs, et de s’élancer vers celui qu’elle avait connu sous les traits de l’humanité, et qui s’apprêtait à couronner sa vie obscure d’une gloire immortelle.

Le moment d’entrer dans cette gloire était enfin arrivé pour Pierre lui-même. "Lorsque tu seras devenu vieux, lui avait dit mystérieusement son Maître, tu étendras les mains : un autre alors te ceindra, et te conduira là où tu ne veux pas." Pierre devait donc atteindre un âge avancé ; comme son Maître, il étendrait les bras sur une croix ; il connaîtrait la captivité et le poids des chaînes dont une main étrangère le garrotterait ; il subirait violemment cette mort que la nature repousse, et boirait ce calice dont son Maître lui-même avait demandé d’être délivré. Mais, comme son Maître aussi, il se relèverait, fort du secours divin, et marcherait avec ardeur vers la croix. L’oracle allait s’accomplir à la lettre.

Au jour marqué par les desseins de Dieu, la puissance païenne donna l’ordre de mettre la main sur l’Apôtre. Les détails nous manquent quant aux procédures judiciaires qui suivirent son arrestation, mais la tradition de l’Église romaine est qu’il fut enfermé dans la prison Mamertine. On a donné ce nom au cachot que fit construire Ancus Martius au pied du Mont Capitolin, et qui fut ensuite complété par Servius Tullius, d’où lui est venu le nom de carcer Tullianus. Deux escaliers extérieurs, appelés les Gémonies, conduisaient à cet affreux réduit. Un cachot supérieur donnait entrée à celui qui devait recevoir le prisonnier, et ne le rendre que mort, à moins qu’on ne le destinât à un supplice public. Pour l’introduire dans ce terrible séjour, il fallait le descendre, à l’aide de cordes, par une ouverture pratiquée dans la voûte, et qui servait aussi à le remonter, quel que fût son sort. La voûte étant assez élevée et les ténèbres complètes dans le cachot, la garde d’un prisonnier, chargé d’ailleurs de lourdes chaînes, était facile.

Ce fut le 29 juin de l’année 67, que Pierre fut tiré de son cachot pour être conduit à la mort. Selon la loi romaine, il subit d’abord la flagellation, qui était le prélude du supplice des condamnés à la peine capitale. Une escorte de soldats conduisit l’Apôtre au lieu de son martyre, en dehors des murs de la ville, comme le voulait aussi la loi romaine. Pierre, marchant au supplice, était suivi d’un grand nombre de fidèles que l’affection enchaînait à ses pas, et qui bravaient ainsi tous les périls.

Au delà du Tibre, en face du Champ de Mars, s’étendait une vaste plaine à laquelle conduisait le pont appelé Triomphal. Ce pont mettait en communication avec la ville les deux voies Triomphale et Cornélia, qui toutes deux se dirigeaient vers le nord. A partir du fleuve, la plaine était bornée à gauche par le Janicule, au fond par les Monts Vaticans, dont la chaîne se continuait à droite en amphithéâtre. Près de la rive du Tibre, le terrain était occupé par d’immenses jardins, ceux-là mêmes dont Néron avait fait, trois années auparavant, dans ces mêmes jours, le principal théâtre de l’immolation des chrétiens. A l’ouest de la plaine Vaticane, et au delà des jardins de Néron, était un cirque de vaste étendue, que l’on désigne ordinairement sous le nom de ce prince, bien qu’il ait dû sa première origine à Caligula, qui fit apporter d’Égypte l’obélisque destiné à marquer le point central du monument. En dehors du cirque, vers son extrémité, s’élevait un temple d’Apollon, divinité protectrice des jeux publics. A l’autre extrémité commençait la déclivité des monts Vaticans, et vers le milieu, en face de l’obélisque, était planté un térébinthe connu du peuple. L’emplacement désigné pour le supplice de Pierre était près de ce térébinthe. C’était là également que sa tombe était préparée. Nul endroit de Rome ne convenait mieux à une fin si auguste. De tout temps quelque chose de mystérieux avait plané sur le Vatican. Les Romains y considéraient avec respect un vieux chêne, que d’antiques traditions disaient antérieur à la fondation de Rome. On parlait d’oracles qui s’étaient fait entendre en ces lieux. Et quel emplacement convenait mieux pour son repos à ce vieillard qui était venu conquérir Rome, qu’un hypogée sous ce sol vénéré, ouvrant sur la voie Triomphale et s’étendant jusqu’à la voie Cornélia, unissant ainsi les souvenirs de Rome victorieuse et le nom des Cornelii devenu inséparable de celui de Pierre ?

La prise de possession de ces lieux par le Vicaire de l’Homme-Dieu avait une souveraine grandeur. L’Apôtre était arrivé près de l’instrument de son supplice. Ce fut alors qu’il pria les bourreaux de l’y établir la tête en bas, et non à la manière ordinaire, afin, dit-il, que l’on ne vît pas le serviteur dans la même attitude qui avait convenu au Maître. La demande fut accordée, et la tradition chrétienne tout entière rend témoignage de ce fait qui atteste, à la suite de tant d’autres, la profonde modestie d’un si grand Apôtre. Pierre, les bras étendus sur le bois du sacrifice, pria pour la ville et pour le monde, tandis que son sang s’épanchait sur le sol romain dont il achevait la conquête. A ce moment, Rome était devenue pour jamais la nouvelle Jérusalem. Après que l’Apôtre eut parcouru en entier le cycle de ses souffrances, il expira ; mais il devait revivre dans chacun de ses successeurs jusqu’à la fin des siècles.

L'année liturgique, dom Guéranger

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Saint Paul
  30 juin : Saint Paul, Apôtre des Gentils

La fête de la Conversion de Saint Paul (25 janvier) nous a donné lieu de connaître l'histoire de la conversion merveilleuse de ce grand Apôtre. Il faudrait rappeler ici les courses de son apostolat, le succès de ses prédications, les enseignements sublimes de ses épîtres, ses emprisonnements, ses souffrances, son martyre. Qui mieux que lui a résumé tout cela dans cette belle page de sa deuxième épître aux Corinthiens, où il venge sa mission divine attaquée par de faux frères ?

"Pour Jésus-Christ, j'ai supporté de nombreux travaux, subi souvent la prison, souffert les coups de mes ennemis, couru fréquemment le danger de mort ; j'ai reçu des Juifs, à cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouets ; j'ai été battu trois fois de verges par les impies ; j'ai été lapidé une fois, j'ai fait trois fois naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer ; j'ai multiplié mes rudes et fatigants voyages ; j'ai failli bien des fois périr sur les rivières, ou de la main des voleurs, ou devenir victime, tantôt de la haine des Juifs, tantôt de la fureur des Gentils ; j'ai trouvé des dangers au milieu des villes ; dans les déserts, sur la mer, ou auprès de faux frères ; j'ai passé bien des années dans les labeurs, dans les tristesses, dans les veilles, dans la faim et la soif, dans les jeûnes, le froid, la nudité. Outre ces maux extérieurs, que de peines m'a causées ma sollicitude quotidienne de tant d'Églises que j'ai fondées ? Qui souffre sans que je souffre avec lui ? Qui menace de se perdre sans que je me consume de douleur ?"

Si Paul est admirable dans ses travaux apostoliques, il ne l'est pas moins dans ses Épîtres, où nous apparaît, avec la substance du christianisme, la grande âme de cet Apôtre incomparable.

"Saint Paul, nous dit l'historien Nicéphore, d'après une tradition authentique, était petit de taille ; son visage pâle, sa longue barbe blanchissante, son crâne presque chauve, l'eussent fait croire plus vieux qu'il ne l'était en réalité." Sous cette frêle enveloppe se cachait une âme vaillante, un esprit magnanime, un cœur invincible que le danger n'étonnait ni n'épouvantait jamais. Vrai modèle de l'Apôtre, il se fit tout à tous, sut se plier aux circonstances, acquit une influence étonnante sur les peuples auxquels il prêcha ; sa personne et sa vie rappelleront toujours les plus grandes merveilles que la Providence ait opérées pour l'extension de l'Évangile.

Vie des Saints pour tous les jours de l'année, abbé Jaud

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